‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 70 sur 94 · HORA · texte numérisé non relu

HORA

Les jeunes gens :

Demain, nous irons récolter le maïs et nous jetterons Nos manteaux dans les sillons, Et nous trouverons sous les arbres Les premières feuilles qui tombent, Pareilles à de jeunes mortes.

Le cobzar :

Avez-vous mis tous vos couteaux à la ceinture, Et bien serré vos ceintures?

2 1 6 CJia)iso7is du Cobzar

Les jeunes filles :

Les chemises que nous filons

Ont des fleurs rouges et bleues.

Je me suis arrêtée sous un chêne, près du puits.

Le cobzar :

As-tu bu l'eau de ce puits, jeune fille?

Les jeunes gens :

Celle qui la boit n'ira plus dans les sillons. Mais elle restera sur le seuil de sa porte, A regarder le soleil dans la plaine, Et à demander le soir à la lune :

D'oiÀ viens-tu?

Et le soleil et la lune s'en iront Et elle restera toujours à son seuil.

Devant le ciel assombri.

Et elle lui demandera : Pourquoi es-tu sombre?

Le cobzar :

Laquelle de vous a bu de cette eau ?

Les jeunes fllles :

C'est notre sœur, celle qui met toujours trois œillets dans

ses cheveux Et du basilic à sa ceinture.

C'est elle qui a bu cette eau et nous a dit : Mes sœurs,

prenez garde d'en boire.

Chansons dic Cobzar 217

Le cobzar :

Et depuis elle reste à rêver ;

Elle rêve qu'un cavalier vient par la route.

Et que les pommiers secouent leurs fleurs sur lui;

Et qu'il descend devant l'auberge et demande à boire

du vin,

Et que l'hôtesse lui tend un verre plein de vin, Et qu'il n'en boit que la moitié, Puisqu'il jette le reste sur la route, Et que la poussière en est toute rouge. Les jeunes gens :

Elle rêve qu'il frappe à sa fenêtre.

Avec le bout de son couteau.

Et que le bout de son couteau Fait sur la fenêtre une tache toute rouge. Les jeunes filles :

Elle rêve qu'il entre, qu'il entre par la porte, Et que son pas laisse sur le seuil Une empreinte toute rouge.

Les jeunes gens :

Elle rêve qu'il la baise, qu'il la baise au front, Et que son baiser met sur son front Une étoile toute rouge.

Le cobzar :

Elle rêve qu'il s'en va, qu'il s'en va dans la nuit profonde,

2i8 Chansons dit Cobzar

Et que le trot de son cheval Laisse sur la route une lueur toute rouge.

Les jeunes filles :

C'est notre sœur, celle qui met toujours trois œillets dans

ses cheveux Et du basilic à sa ceinture.

C'est elle qui a bu cette eau et nous a dit : Mes sœurs, prenez garde d'en boire.

Le cobzar :

Et que le trot de son cheval laisse sur la route une lueur

toute rouge !

Les jeunes gens :

Demain nous irons dans les sillons récolter le maïs et

nous jetterons Nos manteaux dans les sillons, Et nous trouverons sous les arbres les premières feuilles

qui tombent, Pareilles à de jeunes mortes.

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