HORA
Les jeunes gens :
Demain, nous irons récolter le maïs et nous jetterons Nos manteaux dans les sillons, Et nous trouverons sous les arbres Les premières feuilles qui tombent, Pareilles à de jeunes mortes.
Le cobzar :
Avez-vous mis tous vos couteaux à la ceinture, Et bien serré vos ceintures?
2 1 6 CJia)iso7is du Cobzar
Les jeunes filles :
Les chemises que nous filons
Ont des fleurs rouges et bleues.
Je me suis arrêtée sous un chêne, près du puits.
Le cobzar :
As-tu bu l'eau de ce puits, jeune fille?
Les jeunes gens :
Celle qui la boit n'ira plus dans les sillons. Mais elle restera sur le seuil de sa porte, A regarder le soleil dans la plaine, Et à demander le soir à la lune :
D'oiÀ viens-tu?
Et le soleil et la lune s'en iront Et elle restera toujours à son seuil.
Devant le ciel assombri.
Et elle lui demandera : Pourquoi es-tu sombre?
Le cobzar :
Laquelle de vous a bu de cette eau ?
Les jeunes fllles :
C'est notre sœur, celle qui met toujours trois œillets dans
ses cheveux Et du basilic à sa ceinture.
C'est elle qui a bu cette eau et nous a dit : Mes sœurs,
prenez garde d'en boire.
Chansons dic Cobzar 217
Le cobzar :
Et depuis elle reste à rêver ;
Elle rêve qu'un cavalier vient par la route.
Et que les pommiers secouent leurs fleurs sur lui;
Et qu'il descend devant l'auberge et demande à boire
du vin,
Et que l'hôtesse lui tend un verre plein de vin, Et qu'il n'en boit que la moitié, Puisqu'il jette le reste sur la route, Et que la poussière en est toute rouge. Les jeunes gens :
Elle rêve qu'il frappe à sa fenêtre.
Avec le bout de son couteau.
Et que le bout de son couteau Fait sur la fenêtre une tache toute rouge. Les jeunes filles :
Elle rêve qu'il entre, qu'il entre par la porte, Et que son pas laisse sur le seuil Une empreinte toute rouge.
Les jeunes gens :
Elle rêve qu'il la baise, qu'il la baise au front, Et que son baiser met sur son front Une étoile toute rouge.
Le cobzar :
Elle rêve qu'il s'en va, qu'il s'en va dans la nuit profonde,
2i8 Chansons dit Cobzar
Et que le trot de son cheval Laisse sur la route une lueur toute rouge.
Les jeunes filles :
C'est notre sœur, celle qui met toujours trois œillets dans
ses cheveux Et du basilic à sa ceinture.
C'est elle qui a bu cette eau et nous a dit : Mes sœurs, prenez garde d'en boire.
Le cobzar :
Et que le trot de son cheval laisse sur la route une lueur
toute rouge !
Les jeunes gens :
Demain nous irons dans les sillons récolter le maïs et
nous jetterons Nos manteaux dans les sillons, Et nous trouverons sous les arbres les premières feuilles
qui tombent, Pareilles à de jeunes mortes.