‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 72 sur 94 · LE DERNIER JOUR · texte numérisé non relu

LE DERNIER JOUR

Quand vous aurez passé devant elle Et que vous ne la verrez plus, je vous dirai qui elle est.

Et vous serez tristes de l'apprendre, Et vous ne regarderez pas en arrière pour la voir encore.

Je me souviens de ton dernier jour sur terre ;

Je m'en souviens si bien Que tous me disent : Pourquoi t'en souvenir? Et tous les jours, comme ce jour-là, je vois le soleil dans

ma chambre ;

Chansons du Cobzar

Et tous les jours sont pour moi comme ce jour-là.

Et depuis tous tes jours sont à la tombe ; Et tous tes jours d'avant appartenaient à la terre ; Mais ce jour-là tu l'as vécu pour moi, Et je savais que c'était ton dernier jour, Et c'est pourquoi je l'ai pris tout entier. Et je ne t'ai laissé ni regarder la plaine, Ni la cour et les pommiers.

Ni le visage de ceux que tu quittais.

Je me suis mise devant toi et je t'ai dit : Toute ta vie leur a appartenu, Je prends ton dernier jour.

Et tu n'as pas gémi, et tu n'as pas pleuré, Mais tu m'as dit : C'est bien.

Et tu as vécu ce jour-là pour moi, Et tu y as mis tout ton cœur, Et je me souviens à tout instant de tout cela. Et je savais que la tombe attendait.

Et je lui disais d'attendre.

Et quelque chose était à notre seuil Qui voyait avec impatience descendre le soleil ; Et quelqu'un me criait : Vois, le soleil descend. Et quand le soleil descendit tu avais fini de vivre pour moi

Ton dernier jour sur la terre.

Et ta première nuit de mort appartint à nos gémissements,

Chansons du Cobzat

Et le lendemain avec tout l'avenir appartient tout entier à

la tombe, Et la tombe dit : J'ai tout pris, je puis me refermer.

Quand vous aurez passé devant elle, Et que vous ne la verrez plus, je vous dirai qui elle est.

Et vous serez très tristes de l'apprendre, Et vous ne regarderez pas en arrière pour la voir encore.

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