L'OUBLIEE
Ta fourche est restée au pied de l'arbre, Et toute la journée elle entend la chanson des oiseaux. Le thym pousse près du moulin.
Je suis oubliée, et quand le soleil entre par ma fenêtre,
Je m'étonne qu'il se souvienne encore de moi. Par habitude l'herbe croit encore dans mon champ, Et c'est par habitude que je fais encore jouer mon fuseau. Le chemin qui va vers ma maison ne connaît plus le bruit
des pas.
Chiuisous du Cobzar 231
Et le matin me dit : Tu es l'oubliée,
Car celui que j'aimais a pris son cheval et son manteau
Et il est parti en chantant, et je rêve la nuit
Qu'il traverse les rivières et les forêts.
Et qu'il arrive dans un grand village.
Et qu'il s'arrête devant la troisième chaumière,
OiÀ une jeune fille l'attend sur le seuil. Et la jeune fille lui dit : O toi qui viens de loin, En traversant les rivières et les forêts, N as-tu pas très loin quelque femme qui te pleure?
Et il répond : Je n'en ai point. Et la jeune fille lui sourit et il demeure auprès d'elle. Puis il reprend son cheval et arrive dans un autre village. Il arrive et s'arrête devant la troisième chaumière. Des hommes y boivent en riant.
Et les hommes lui donnent à boire, Et les hommes lui disent : N'as-tu pas quelqu'un A qui tu songes en vidant ce verre ?
Et il répond : Je n'ai personne!
Puis il reprend son cheval et il arrive dans un grand champ
avec des pierres.
Il arrive et s'arrête devant la troisième pierre. Quelqu'un est devant la troisième pierre qui lui tend les
bras.
Et quelqu'un lui demande : Avant de m'embrasser,
Chansons du Cobzar
Ne désirerais-tu pas embrasser une autre? Et il ré::ond : Non, Car je suis l'oubliée, Et celui que j'aime ne peut pas se souvenir de moi. La terre ne se souvient pas des maïs coupés, Et le ciel oublie les nuages.
Et les sillons oublient la pluie.
Et quand le soleil entre chez moi, je m'étonne Qu'il se souvienne encore de moi.
Ta fourche est restée au pied de l'arbre, Et toute la journée elle entend le chant des oiseaux. Le thym pousse auprès du moulin.