‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 76 sur 94 · SI ELLE AVAIT YÈCV · texte numérisé non relu

SI ELLE AVAIT YÈCV

Dans la cour les bœufs se réunissent, Et les bœufs sont las d'avoir labouré tout le jour. Mon fuseau se repose, il pend jusqu'à mes pieds.

Si celle que j'ai perdue avait vécu tous les jours Que la mort lui a dérobés, Comment serait-elle, maintenant que moi je suis vieille, Car j'étais jeune quand la mort lui a dérobé ses jours. Elle serait une belle jeune fille,

Chansons du Cobzar 241

Et je n'aurais point de douleur Et j'aurais de la joie de la voir près de mon foyer, Et la flamme du foyer me sourirait, Et je prierais le ciel de la rendre heureuse. Pour que mes vieux jours soient contents. Et maintenant je puis seulement prier la terre De lui être compatissante, Et de lui dire ([uand je pleure que c'est pour elle que je

pleure.

Une belle jeune hlle marchant sur les chemins pleins de

soleil.

Et les sillons salueraient sa jeunesse, Et elle apparaîtrait derrière les arbres et près de la rivière,

Et je dirais voyez ce qui est sorti de mon sang. Et l'époux me dirait : Femme, nous avons été bénis. Je ne lui aurais jamais montré des tombes, Si la tombe ne me l'avait prise.

Et je lui aurais chanté tout le jour des chansons. Pour qu'elle rêve de chansons.

Et j'aurais tenu son cœur dans ma main, Pour que personne n'y touche, Et j'aurais dit : C'est son cœur que je tiens ainsi.

Et son sourire aurait embelli la forêt, Et la forêt m'aurait dit : Envoie-nous ton enfant. Petite âme, petite âme, si tu ne fais rien que dormir sous

la terre.

242 CJiansons du Cobzar

Reviens vers moi dans les jours de printemps Et prends le chemin où les saules s'embrassent, Pour que nul ne te rencontre, Et viens à l'heure où tout le village est au travail.

Viens ainsi que tu serais maintenant, Si tu avais vécu tous les jours que la mort t'a dérobé, Et file une seule quenouille, Et dis-moi : ]\Ière, j'ai rempli ton fuseau.

Dans la cour les bœufs se réunissent, Et les bœufs sont las d'avoir labouré tout le jour.

Mon fuseau se repose, il pend jusqu'à mes pieds.

HOTUL

Je dors sur mon manteau sur le bord de la route. Et je sens la rosée tomber sur mon manteau, Et la rosée s'endort près de moi.

Quand j'étais enfant, j'ai voulu voler Le soleil au bon Dieu, Et je n'ai pas pu !

Et depuis je suis devenu voleur, et j'ai dans mon sac Tout ce qu'on veut : des colliers, des bracelets et des

couteaux.

244 Chansons dic Cohzar

Et j'ai voulu donner des colliers aux jeunes filles Pour avoir leur cœur.

Et j'ai dit en naissant au bon Dieu : Que me donnes-tu ?

Et quand j'ai vu qu'il ne me donnait que la vie, Je me suis mis à courir par les chemins Et j'ai pris aux autres ce que le bon Dieu leur avait donné

De plus qu'à moi.

Je danse dans les danses et je bois dans les auberges, Et j'emporte la cobza dont j'ai aimé le son Et le verre où j'ai bu le vin qui me plaisait.

Et j'emporterai la jeune fille Qui me donnera le baiser le plus doux; ^.lais je ne l'ai pas encore trouvée, Et je la crair.s, car je montrerai mon sac

A celle que j'aime.

Et elle dira aux autres que j'ai dans mon sac Des colliers, des bracelets et des couteaux. Et je n'aurai pas de croix sur ma tombe, Et le vent me volera des fleurs sur ma tombe.

Je dors dans mon manteau, sur le bord de la route, Et je sens la rosée tomber sur mon manteau Et la rosée s'endort auprès de moi.

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