‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 8 sur 94 · CHANT DE LA JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

CHANT DE LA JEUNE FILLE

Les troupeaux ont soif, puisque la route est poudreuse; Le fuseau tombe, puisque la quenouille a tremblé.

Tu as pris le chemin qui vient de la rivière,

Et moi le sentier qui va vers le maïs. Mon cœur tremble comme la branche du noisetier Quand le vent souffle.

Tu ris puisque mon cœur tremble Et quand je dois te rencontrer

CJianso)is dic Cobzar

L'eau de la rivière me dit :

Va plus vite,

Cours comme moi'' Quand je vais pour trouver

Une fleur sur mon bord.

Et si je m'asseyais près de toi

Je serais contente, Mais la jeune fille ne doit point s'asseoir. Et si je te donnais à boire, mon cœur serait désaltéré. Mais la jeune fille ne doit point Laisser son cœur se désaltérer Aux lèvres de l'inconnu. Va plus vite, me dit la rivière, Et le soleil dit : Brille comme moi

Lorsque tu le verras.

Mais le toit de ma petite maison.

Le toit dit : Reviens jeune fille,

L'hirondelle revient,

Et la cigogne aussi.

Parce qu'elle est blanche.

Et celui que j'aime prend le chemin de la rivière. Et moi le sentier qui mène vers le mais. Et les routes n'ont point de carrefour, Et la petite maison sera contente, Mais non le cœur de la jeune fille.

26 Chansons du Cobzar

Et elle pressera bien fort sa ceinture contre son cœur, Pour l'empêcher de quitter la maison.

Et elle donnera à d'autres à boire L'eau qu'elle ne t'a point donnée.

Si la lune tombait du ciel Les étoiles seraient solitaires Et je suis l'étoile.

Puisque l'été s'enfuit; L'automne est tout pâle, Et je sais comment seront tes yeux pour une autre, Car ils sont tout pour moi.

Si tu aimes une autre.

Comme tu l'aimeras Car les fleurs te le conseilleront, Ne lui dis pas les mêmes chansons qu'à moi. Dis-lui en d'aussi belles.

Mais pas les mêmes.

Et je resterai près du foyer.

Si la lune tombait du ciel Les étoiles seraient solitaires.

jMais je laisserai, le soir.

Le maïs et la plaine ]\Ie parler de toi.

Et je ferai semblant de ne pas te connaître Pour qu'ils me parlent de toi seulement,

Chansons du Cobzar

Pour me faire plaisir.

Et j'en aurai du plaisir sanii le leur dire, Comme les moissons reçoivent la pluie du ciel sans l'en

rem.ercier.

Les troupeaux ont soif puisque la route est poudreuse, Le fuseau tombe, puisque la quenouille a tremblé.

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