‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 83 sur 94 · AU CLAIR DE LUNE · texte numérisé non relu

AU CLAIR DE LUNE

Demain, le jour où je suis gai aura passé,

Et mon âme sera très sombre, Et je croirai demain qu'il fait nuit tout le jour.

Il a jeté sa bêche dans un coin Et il nous a dit son histoire.

Il nous a dit : J'avais une fille Qui portait des paillettes d'argent.

Elle me disait : Père, où est le chemin de la plaine ?

Chansons du Cobzar 267

J'aime la plaine fj^uand la lune la regarde, Et je veux que la lune me regarde aussi. Et un soir j'ai suivi mon enfant dans la plaine, Et j'ai vu que la lune la regardait Par ce qu'elle causait avec un mort.

Elle lui caressait la tête, et lui donnait à boire, Et lui montrait la beauté de la terre. Et le mort souriait de la voir sourire Et ils avaient entre eux la croix de son tombeau. Et le mort lui disait : Que fais-tu sans moi tout le jour

sur la terre ?

Et elle disait : J'attends la nuit.

Et le mort s'en allait en emportant la croix. Et l'enfant s'en allait emportant son chagrin. Et j'ai tué ma fille pour qu'elle rejoigne le mort, Et j'ai tué ma fille !

Demain, le jour où je suis gai sera passé.

Et mon âme sera très sombre.

Et je croirai demain qu'il fait nuit tout le jour.

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