L'AUTRE
La rivière a rompu le pont cette nuit,
Et nous traversons la rivière, Et les jeune filles chantent en la traversant.
L'enfant qui est mort a une sœur, Et depuis qu'il est mort la sœur est plus joyeuse. Et elle dit à la mère : Celui qui est mort m'a donné son
sourire, Et toute la vie qu'il n'a pas vécue est en moi .
Chansons du Cobzar
Et la mère pleure en songeant à l'enfant qui est mort.
La rivière a rompu le pont cette nuit, Et nous traversons la rivière, Et les jeunes filles chantent en la traversant.
VISUL FLACAULUI
Si tu as des fleurs d'acacia, donne-les aux enfants, Car ils les jetteront dans l'herbe.
J'aime l'heure où s'en va le soleil.
Mon bien-aimé m'a dit : Sais-tu ce que j'ai vu dans mon
rêve?
Et je lui ai dit : As-tu vu mon image ou ma maison, Ou ton champ avec le maïs, 'Ou ta charrue avec les bœufs,
Chaiisons dic Cobzar 273
Ou ton couteau qui a une gaine en bois rouge? Non, je me suis vu moi-même et j'étais très joyeux, Et je chantais des chansons sous les arbres. Et j'avais un homme mort à mes pieds, Et j'avais mon couteau dans son cœur, Et son sang coulait dans l'herbe ; Et l'homme m'avait dit en mourant :
Sois joyeux.
Puis j'ai vu ma mère telle qu'elle était lorsqu'elle me
portait sous sa ceinture.
Et qu'elle s'en allait au travail en me portant ; Et je me voyais dans ses entrailles, Puis j'ai vu mon tombeau et il était sous le soleil, Et je me suis vu dans mon tombeau.
Et j'ai vu mon âme retourner vers la maison Et se poser sur ta quenouille Et te faire cesser de pleurer ; Et tu disais : Qui donc a fait cesser mes larmes? Puis j'ai vu notre enfant, celui que me donnera tes
entrailles, Et je l'ai vu dans tes entrailles et je l'ai vu
Regarder la vie tristement ; Puis je me suis revu moi-même et j'étais las
D'avoir vu toutes ces choses.
Et j'ai fermé les yeux de mon âme sur ce rêve,
Chanso7is dîi Cohzar
Et j'ai dit : Rêve, va-t'en!
Et j'ai continué à dormir sans rêver.
Si tu as des fleurs d'acacia, donne-les aux enfants. Car ils les jetteront dans l'herbe.
J'aime l'heure où s'en va le soleil.