QUESTION
Après la moisson la terre est très lasse, Et dit : Je suis lasse jusques aux prochaines semailles ; Et aux prochaines semailles je rajeunis.
Ma sœur, ma sœur, qui est dans le tombeau, Que veux-tu que je te raconte de la terre ? As-tu fini ta chemise des dimanches ?
Je l'ai déjà portée à la danse et j'ai songé à toi, — Le foin est-il beau dans la plaine ?
278 Chansons di(, Cobzar
Nous l'avons fauché la semaine dernière.
Il avait bien profité du soleil, Et en le fauchant, sœur, j'ai pensé à toi.
— Ma mère a-t-elle un œillet blanc près de sa porte?
C'est mon âme qui y a fleuri.
— L'œillet blanc est en fleurs ; tu dis vrai :
C'est ton âme.
Car en la respirant j'ai pensé à toi.
— Sœur, as-tu bien envie du baiser de l'époux ? Oui, mes bras se tendent d'eux-mêmes
Aux petits enfants.
Et mes entrailles me grondent De faire attendre leur fécondité.
Et elles me disent : La vie est en toi ! — Sœur, sœur, tu n'as plus pensé à moi, . Ne me raconte plus rien de la terre ;
On n'y pense qu'à l'avenir.
Après la moisson la terre est très lasse, Et dit : Je suis lasse jusques aux prochaines semailles. Et aux prochaines semailles je rajeunis.