‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 88 sur 94 · L'ENFANT MORT · texte numérisé non relu

L'ENFANT MORT

Va dès ce soir dans la forêt, Pour voir comment dorment les feuilles.

Et les feuilles te diront : C'est le vent qui nous endort. Les châtaigniers sont tous en fleurs.

Mon enfant qui est mort traverse la nuit la rivière. Et regarde la plaine d'un œil étonné, Comme s'il ne l'avait jamais vue.

Et il cause avec les fleurs et il ne regarde pas vers la

maison,

28o Chansons du Cobzar

Ni vers la fenêtre d'où je le regarde, Ni vers le seuil où il jouait avec moi ; Mais il y pense tout le temps, Et sa pensée entre dans ma chambre comme un soleil.

Et sa pensée me dit : J'ai bien prié dans la tombe, petite

mère, Pour que tu aies un autre petit enfant. Et j'ai bien prié la tombe de ne pas te prendre celui-là

Comme elle m'a pris.

Et je dis à la rivière de le bien accueillir sur ses bords,

Et aux fleurs d'être bonnes pour lui, Et de se nourrir de ma poussière qui était son sang Pour être plus belles à celui qui sera de ton sang.

Et j'ai dit aux oiseaux de lui chanter aux bords de ma

tombe :

Tu ne mourras pas Comme il est mort.

Et j'ai dit à la vie de lui être belle, Voilà ce que dit la pensée de l'enfant mort. Sa pensée qui entre dans ma chambre comme un soleil :

Va dès ce soir dans la forêt, Et tu verras comment dorment les feuilles, Et les feuilles te diront : C'est le vent qui nous endort. Les châtaigniers sont tous en fleurs.

Page 1