CENDRES
La pluie dit à la terre : Je regrette le ciel, Et la terre dit : Que me font tes regrets? Tu me fécondes.
Quelqu'un a passé devant ma fenêtre.
Et quelqu'un l'a touchée du doigt.
Ma sœur, je me suis endormie auprès du feu, Et mon cœur a brûlé tandis que je dormais. Et quand je me suis éveillée, il était tout en cendre,
284 Chansons du Cobzar
Et la cendre était chaude.
Et ma mère est entrée et m'a dit : Je suis lasse. Et je lui ai dit : Veux-tu un peu de cendre? Je n'ai que ça.
Et mon père est entré et m'a dit :
La grêle a coupé mon blé; je suis triste. Et je lui ai dit : Veux-tu un peu de cendre? Et ma sœur est entrée et m'a dit :
Mon bien-aimé aime l'autre; j'ai un trou dans le cœur. Et je lui ai dit : Veux-tu un peu de cendre? Et mon bien-aimé est entré et m'a dit : Tu ne me donnes pas ton amour, j'ai l'âme inquiète. Et je lui ai dit : Veux-tu un peu de cendre ? Et la mort est entrée et m'a dit :
J'aime ta jeunesse et je vais la donner à la terre. Et je lui ai dit : Veux-tu un peu de cendre ?
La pluie dit à la terre : Je regrette le ciel.
La terre dit : Que me font tes regrets, Puisque tu me fécondes.
Quelqu'un a passé devant ma fenêtre, Et quelqu'un l'a touchée du doigt.
LE HAÏDUCK
Le vent a essayé de prendre ma chanson, Pour la redire aux forêts et aux plaines ; Et si le vent avait pris ma chanson, Les forêts et les plaines diraient : Comme elle est belle, Cette chanson que le vent chante !
Le haïduck vient parfois dans le village Et regarde danser les jeunes gens, Et écoute chanter le cobzar ;
286 Chansons du Cohzar
Puis il dit au cobzar : Donne-moi ta cobza,
Je vais parler de mon amour.
Et le cobzar la lui donne et le haïduck
Parle longtemps de son amour.
Il dit : Le soleil, une fois, est descendu du ciel Parce qu'il préférait mon cœur ; Et le soleil s'est logé dans mon cœur, Et l'on disait sur mon chemin : Cet homme, A le soleil dans son cœur ; Et ma voix était joyeuse comme celle des jeunes bergers; Et mon sang était prompt dans mes veines. Et j'ai vu un soir la belle jeune fille Oui cueillait les fruits du prunier.
Et j'ai passé sur mon chemin Comme si je ne l'avais pas vue.
Et la jeune fille est venue à moi et m'a dit : Haïduck, ton cheval est noir, Et je lui ai dit : Ton fuseau est rapide et j'aime l'aspect
de ton seuil.
Et je ne me suis point assis à son seuil ; Et je m'en suis allé sur mon cheval si noir Oui plaisait à la jeune fille, Et elle est morte de l'avoir vu partir. Et chaque nuit son âme, sa petite âme vient me redire : Haïduck, ton cheval est noir.
Chansons du Cobzar
Le vent a essayé de prendre ma chanson, Pour la redire aux forêts et aux plaines ;
Et si le vent avait pris ma chanson, Les forêts et les plaines diraient : Comme elle est belle,
Cette chanson que le vent chante !