L'EUROPE
L'Europe encîianleiTssc où la France en jouant Donne partont les lois de sa mode épliémère. Ia?8 plaisirs, les beaux-arts et le sexe cliarinant, Sont les cultes cliéris de cette heureuse terre.
F.a marchande de modes avec ses rubans roses, celte lithographie et ce quatrain-empire, c'est Tarube du dix-neuvième siècle qui commence à poindre à Bacharach.
J'avais sous ma croisée tout un petit monde heureux et charmant. C'était une sorte d'arrière cour attenante à l'église romane , d'où l'on peut monter par un roide escalier en lave jus<|u'aux ruines de l'église gothique. Là jouaient tout le jour, avec les hautes herbes jusqu'au menton , trois petits garçons et deux petites fdles qui battaient volontiers les trois petits garçons. Ils pouvaient bien avoir à eux cinq une quinzaine d'années. Le gazon,
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légèreoient ondulé par endroits , était tellement épais qu'on ne voyait pas la terre. Sur ce gazon se dressaient joyeusement deux tonnelles >'ertes chargées de magnifiques raisins. Au milieu des pampres deux mannequinsépouvantails, costumés en Lubins d'opéracomique , emperruqués et coiffés d'affreux tricornes , s'efforçaient de faire peur aux petits oiseaux, ce qui n'empêchait pas d'abonder sur ces grappes les verdiers, les bergeronnettes et les hoche-queues. Dans tous les coins du jardinet des gerbes étoilées de soleils, de roses- trémiéres et de reines-marguerites, éclataient comme les bouquets d*un feu d'artiûce. Autour de ces touffes flottait sans cesse une neige vivante de papillons blancs auxquels se mêlaient des plumes échappées d'un colombier voisin. Chaque fleur et chaque grappe avait en outre sa nuée de mouches de toutes couleurs qui resplendissaient au soleil. Les mouches bourdonnaient , les enfants babillaient et les oiseaux chantaient, et le bourdonnement des mouches , le babil des enfants et le chant des oiseaux se découpaient sur un roucou-
3t LETTRK Dlt'ffUITIÈHE.
lement contidù de colombes et de tourterelles*
Le soir de mon arritée, après avoir admiré jusqu*à la nuit ce réjouissant jardin, l'escalier en late s'offrit à moi et il me prit fantaisie de monter, par un beau clair d'étoiles , jusqu'aux ruines de l'église gothique, laquelle était dédiée & saint Werner, qui fut martyrisé à Oberwesel. Après avoir gravi les soixante ou quatre-vingts marches sans rampe et sans garde-fou , j'arrivai sur la plate-forme tapissée d'herbe où s'enracine puissamment la belle nef démantelée* Là, pendant que la ville dormait dans Une ombre profonde sous mes pieds f je contemplai le ciel et les ruines difformes du château palatin à travers le fe^ nestrage noir des meneaux et des rosaces. Un deux vent de nuit courbait à peine les folles avoines desséchées. Toot à coup je sentis» que là terre pXhh et s'enfonçait sous moi. ie baissai les yeux , et, à la lueur des constellations y je reconnus que Je marchais sur une fosse fratchenfent creusée. Je regardai autotir
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de moi ; des croix noires avec des lètes de morl blanches surgissaient vaguement de toutes paris. Je me rappelai alors les molles ondulations du terrain d'en bas. J'avoue qu'en ce moment-là je ne pus me défendre de celle espèce de frisson que donne Tinaltendu. Mon charmant jardinet plein d'enfants, d'oiseaux , de colombes , de papillons , de musique , de lumière , de vie et de joie , était un cimetière.
LtTTtlÈ t)(X-NÈ(Jt(ÈMÈ.
FEUER ! frECEn !
iorcîi, aoât
A Bacharach , minuit venu, on se couché, on ferme les yeux , on laisse lombci' les idées qu'on a porlées toute la journée , on arrive à cet instant oft l'on a ëfi soi tout ensemble quelque chose d'éveillô et qtfefquc chosèf d'endormi, où le corps fatigué se repose déjà, oit la peniîée opihiAtre travaille encore , où il semble que le sommeil sef sente Vivre et qucf la vie se sente sommeiller. Tout à coup un bruit fmrce l'ombre et parvient jusqu'à vods,
un bruit singulier, inexprimable, horrible, une espèce de grondement fauve, à la fois menaçant et plaintif , qui se mêle au vent de la nuit et qui semble venir de ce haut cimetière situé au-dessus de la ville où vous avez vu le matin même les onze gargouilles de pierre de Téglise écroulée de Saint -Werner ouvrir la gueule comme si elles se préparaient à hurler. Vous vous réveillez en sursaut, vous vous dressez sur votre séant , vous écoutez : — Qu'est cela? — C'est le crieur de nuit qui souflle dans sa trompe et qui avertit la ville que tout est bien et qu'elle peut dormir tranquille. Soit ; mais je ne crois pas qu'il soit possible de rassurer les gens d'une manière plus effrayante.
A Lorch on peut être réveillé d'une façon encore plus dramatique.
Mais d'abord, mon ami, laissez-moi vous dire ce que c'est que Lorch.
Lorch est un gros bourg d'environ dix-huit
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cents habitants , situé sur la rive droite du Khin et se prolongeant en équcrre le long de la Wisper, dont il marque rembouchure.
C'est la vallée des contes et des fables ; c'est le pays des petites fées-saulerellcs. Lorch est placé au pied de rÉchelle-du-Diable, haute roche presque à pic que le vaillant Gilgen escalada à cheval pour aller chercher sa fiancée , cachée par les gnomes sur le sommet du mont. C'est à Lorch que la fée Ave inventa , disent les légendes, l'art de faire du drap pour vôtir son amant , le frileux chevalier romain Heppius, — lequel a donné son nom à Heppenheim. Il est remarquable , soit dit en passant, que, chez tous les peuples et dans toutes les mythologies, Tart de lisser les étoffes a été inventé par une femme : pour les Égyptiens, c'est Isis; pour les Lydiens, Arachné ; pour les Grecs, Minerve; pour les Péruviens, Mcnacella, femme de Manco- Capac; pour les villages du Rhin, c'est la fée Ave. Les Chinois seuls attribuent cette imagination à un homme, l'empereur Yas; et encore pour les Chinois l'empereur n'est -il
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pas un homme ; c'est un elre fantastique dont la réalité disparait sous les titres bizarres dont ils TalTublent. Ils no connaissent pas sa nature, car ils rappellent le Dragon; ils ignorent son âge, car ils rappellent Dix-Mille- Ans; ils ne savent pas son sexe, car ils T^p* pellent la Mère. Mais que vais-je f^ire en €liine ? Je reviens à Lorch. P^rdonpey-moi Tenjambée.
Le premier vin rouge du Rhin is'est fait & Lorch. Lorch exists^it avapt Cbarlema^ne et a laissé trace dans des chartes de 732. Henri Hl» archevêque de Mayence, s'y plaisait et y résida en 1348. Aujourd'hui il n'y a plus à Lorch ni chevaliers romains, ni fées, ni archevêques ; mais la petite ville 0st heureuse, le paysage est magnifique, lès habitants sont hospitaliers. La belle maison de )a renaissance qui est au l^ord du Rhin a une façade aussi originale et aussi riche en son genre que celle de notre manoir français de Meillan. La forteresse fabuleuse dM vieuf Sibo prptége le bourg, qu^ menaae 4e T^iutre rivo du Qeuve
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le château liislorique de Furslemberg avec sa grande tour, ronde au dehors, hexagone au dedans. Et rien n'est charmant comme de voir prospérer joyeusement celte petite colonie vivace de paysans entre ces deux effrayants sr|ueleltes qui ont été deux citadelles.
Maintenant voici comment une de mes nuits a clé troublée à Lorch :
L'autre semaine, il pouvait être une heure du matin, tout le bourg dormait, j'écrivais dans ma chambre, lorsque tout à coup je m'aperçois qqe mon papier est devenu rouge sous ma plume. Je lève les yeux , je n'étais plus éclairé par mq lampe, mais par mes fenêtres. Mes doux fenêtres s'étaient changées en deux grandes tables d'opale rose à travers lesquelles se répandait autour de moi une réverbération étrange. Je les ouvre, je regarde. Une grosse voûte de flamme et de fumée se courbait à quelques toisiss au-des$iJ3 de ma tête avec un br^jt effrayant. C'était tout sim-
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picment riiùlci P., ic gastliaus voisin du mien , qui avait pris feu ci qui brûlait.
En un instant ranbergc se réveille, tout le bourg est sur pied, le cri Feuer! feuer! emplit le quai et les rues, le tocsin éclate. Moi , je ferme mes croisées et j'ouvre ma porte. Autre spectacle. Le grand escalier de bois de mon gasthaus, touchant presque à la maison incendiée et éclairé par de larges fenêtres, semblait lui-même tout en feu; et sur cet escalier , du haut en bas, se heurtait, se pressait et se foulait une cohue d'ombres surchargées de silhouettes bizarres. C'était toute l'auberge qui déménageait, Tun en caleçon , l'autre en chemise, les voyageurs avec leurs malles , les domestiques avec les meubles. Tous ces fuyards étaient encore à moitié endormis. Personne ne criait ni ne parlait. C'était le bruit d'une fourmilière.
Un horrible flamboiement remplissait les intervalles de toutes les têtes.
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Quant à moi, car chacun pcn$i3 à soi dans CCS moments-là 9 j'ai fort peu de bagage, j'clais logo au premier, el je ne courais d'autre risque que d'ôire forcé de sortir de la maison par la fenêtre.
Cependant un orage était survenu, ii pieu* vail a verse. Comme il arrive toujours lorsqu'on se huie, Tliôlel se vidait lentement; et il y eut un instant d*a(Treusc confusion. Les uns voulaient entrer, les autres sortir; les gros meubles descendaient lourdement des fenêtres attachés à des cordes, les matelas , les sacs de-nuit et les paquets de linge tombaient du haut du toit sur le pavé; les femmes s'épouvanlaient, les enfants pleuraient; les paysans, réveilles par le tocsin, accouraient de la montagne avec leurs grands chapeaux ruisselant d'eau et leurs seaux de cuir à la main. Le feu avait déjà gagné le grenier de la maison , et Ton se disait qu'il avait été mis exprès à l'auberge l\ ; circonstance qui ajoute toujours un intérêt sombre
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et une sorte d'arrièro-scène dramalique à un incendie.
Bientôt les pompes sont arrivées , les chaînes de travailleurs se sont formées , et je suis monté dans le grenier , énorme enchcvôlrement, à plusieurs étages, de charpentes pittoresques comme en recouvrent tous ces grands toits d'ardoise des bords du Rhin. Toute la charpente de la maison voisine brûlait dans une seule flamme. Cette immense pyramide de braise, surmontée d'un vaste panache rouge que secouait le vent de Torage, se penchait avec des craquements sourds sur notre toit, déjà allumé et pétillant çà et là. La question était sérieuse; si notre toit prenait feu, dix maisons à coup sûr, et peutêtre, avec Taide du vent, le tiers de la villa brûlaient. La besogne a été rude. Il a fallu , sous les flammèches et les tourbillons d* étincelles, écorcer les ardoises d'une partie du toit et couper les pignons-girouettes des lucarnes. Les pompes étaient admirablement servies.
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Des lucarnes du grenier je plongeais dans la fournaise et J'étais pour ainsi dire dans l'incendie même. C'est une effroyable et ad-* mirable chose qu'un incendie vu à brûle«» pourpoint. Je n'avais jamais eu ce spectacle) — puisque J'y étais, ~ je l'ai accepté.
Au premier moment, quand on se voit comme enveloppé dans cette monstrueuse ca* verne de feu 06 tout flambe, reluit, pétille, crie, souffre, éclate et croule, on ne peut se défendre d'un mouvement d'anxiété, il sem-t ble que tout est perdu et que rien ne saura lutter contre cette force affreuse qu'on ap-^ pelle le feu; mais dès que les pompes arri* vent , on reprend courage.
On ne peut se figurer avec quelle rage l'eau attaque son ennemi. A peine la pompe, ce long serpent qu'on entend haleter #n bas dans les ténèbres ^ a «t» elle passé au-dessus du mur sombre son cou effilé el fait étinceler dans la flamme ta fine tète de cuivre qu'elle ctndkt avec Aireur un jet d'aeiér liquide mr
répouvanlable chimère à mille têtes. Le brasier atlaqué à Timprovistc, hurle, se dresse, bondit effroyablement, ouvre d'horribles gueules pleines de rubis et lèehe de ses innombrables langues toutes les portes et toutes les fenêtres à la fois. La vapeur se mêle à la fumée; des tourbillons blancs et des tourbillons noirs s'en vont à tous les souffles du venl et se tordent et s*étreignent dans l'ombre sous les nuées. Le sifflement de Teau répond au mugissement du feu. Rien n'est plus terrible et plus grand que cet ancien et éternel combat de T hydre et du dragon.
La force de la colonne d'eau lancée par la pompe est prodigieuse. Les ardoises et les briques qu'elle touche se brisent et s'éparpillent comme des écailles. Quand la charpente enfin s'est écroulée, magnifique moment où le panache écarlate de l'incendie a été remplacé au milieu d'un bruit terrible par une immense et haute aigrette d'étincelles, une cheminée est restée debout sur la maison comme
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une espèce de petite tour de pierre. Un jet de pompe l'a jetée dans le gouffre.
Le Rbin, les \illages, les montagnes, les ruines, tout le spectre sanglant du paysage reparaissant à cette lueur, se mêlaient à la fumée, aux flammes, au glas continuel du tocsin, au fracas des pans du mur s'abattant tout entiers comme des pont-levis, aux coups sourds de la hache, au tumulte de Forage et à la rumeur de la ville. Vraiment c'était hideux, mais c'était beau.
Si l'on regarde les détails de cette grande chose, rien de plus singulier. Dans Tinter- \alle d'un tourbillon de feu et d'un tourbillon de fumée, des tètes d'hommes surgissent au bout d'une échelle. On voit ces hommes inonder, en quelque sorte à bout portant, la flamme acharnée qui lutte et voltige et s'obstine sous le jet môme de l'eau. Au milieu de cet affreux chaos, il y a des espèces de réduits silencieux où de petits incendies tranquilles pétillent doucement dans des coins comme un
feu de veuve; Les croisées des chambres devenues inaccessibles s'ouvrent et se ferment au vent. De jolies flammes bleues frissonnent aux pointes des poutres. De lourdes charpentes se détachent du bord du toit et restent suspendues à un clou, balancées par Touragan au-dessus de la rue et enveloppées d'une longue flamme. D'autres tombent dans l'étroit entre-deux des maisons el établissent là un pont de braise. Dans l'intérieur des appartemenls, les papiers parisiens à bordures prétentieuses disparaissent et reparaissent i travers des bouffées de cendre rouge. Il y avait au troisième étage un pauvre trumeau Louis XY, avec des arbres - rocaille et des bergers de Gentil-Bernard , qui a luUé longtemps. Je le regardais avec admiration. Je n'ai jamais vu une églogue faire si bonne contenance* Enfin une grande flamme est entrée dans la chambre^ a saisi l'Infortuné paysage vert-céladon, et le villageois embrassant la villageoise, et Tircis cajolant Glycère s'en est allé en fumée. Comme pendant, un pauvre petit jardinet, afireusement arrosé de
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charbons ardente, brûlait au bas de la inai« son. Un jeune acacia^ appujé à un treillage embrasé, s*esl obstiné à ne pas prendre fou et est reste intact pendant quatre heures secouant sa jolie tète verto sous une pluie d'étincelles.
Ajoutez à cela quelques blondes et pâles anglaises demi-nues sous l'averse à côté de leurs valises à quelques pas de l'auberge , et tous les enfants du lieu riant aux éclats et battant des mains chaque fois qu'un jet do pompe se dispersait jusqu'à eux, et vous aurez une idée assez complète de Tinoendic de l'hôtel P— , à Lorch.
Une maison qui brûle, ce n'est qu'une maison qui brûle; mais le côté vraiment triste de la chose, c'est qu'un pauvre homme y a été tué.
Vers quatre heures du matin, on était ce qu'on appelle mailre du feu; le gasthaus P — , toit, piafondsi escaliers et planchers effondrés,
flambait entre ses quatre murs et nous avions réussi à sauver notre auberge.
Alors, et presque sans cnlr\acte, Teau a succédé au feu. Une nuée de servantes, brossant, frottant , épongeant, essuyant, a envahi les chambres et en moins d'une heure la maison a été lavée du haut en bas.
Chose remarquable, rien n'a été dérobé.
Tous ces effets déménagés en hAte, sous la pluie, au milieu de la nuit, ont été religieusement rapportés par les très-pauvres paysans de Lorch.
Au reste ces accidents ne sont pas rares sur les bords du Rhin. Toute maison de bois contient un incendie et ici les maisons de bois abondent. A Saint-Goar seulement, il y a en ce moment, à différentes places de la ville, quatre ou cinq masures faites par des incendies.
Le lendemain matin, je remarquais avec
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quelque surprise au rez-de-chaussée de la maison incendiée deux ou trois chambres fermées, parfaitement entières, au-dessus desquelles tout cet embrasement avait fait rage sans y rien déranger. Voici à ce propos une historiette qu'on raconte dans le pays. Je ne la garantis pas. — H y a quelques années, un anglais arriva assez tard à une auberge de Braubach, soupa et se coucha. Dans le milieu de la nuit, Taubergc prend feu. On entre en hâte dans la chambre de Tanglais. Il dormait. On le réveille. On lui explique la chose, et que le feu est au logis, et qu'il faut décamper sur-le-champ. — Au diable! dit l'anglais, Vous me réveillez pour cela ! Laissez-moi tranquille. Je suis fatigué et je ne me lèverai pas. Sontils fous de s'imaginer que je vais me mettre à courir les champs en chemise à minuit! Je prétends dormir mes neuf heures tout à mon aise. Éteignez le feu si bon vous semble, je ne vous en empêche pas. Quant à moi, je suis bien dans mon lit, j'y reste. Bonne nuit, mes amis, à demain. — Cela dit, il se recoucha. Il n'y eut aucun moyen de lui
faire entendre raison, et, comme le feu gagnait, les gens se sauvèrent, après avoir refermé la porte sur l'anglais rendormi et ronflant. L'incendie fut terrible, on Téteignit à grand'peine. Le lendemain malin les hommes qui déblayaient les décombres arrivèrent à la chambre de l'anglais, ouvrirent la porte et trouvèrent le voyageur à demi éveillé, se frottant les yeux dans son lit, qui leur cria en bâillant dès q^i'il les aperçut : — Pourriezvous me dire s'il y a un tire-bollcs dans cette maison? — Il se leva, déjeuna très-fort et repartit admirablement reposé et frais au grand déplaisir des garçons du pays; lesquels cornp* taient bien faire avec la momie de l'anglais ce qu'on appelle dans la vallée du Rhin un bourgmestre sec, c'est-à-dire un mort parfaitement fumé et conservé qu'on montre pour quelques liards aux étrangers.
DE LORCB A BINGETN.
Bingeo,27ao(tt.
De Lorch à Bîngen il y a deux milles d'Allemagne, en d'autres termes, quatre lieues de France , oa seize kilomètres dans Taffreuse langue que la loi veut nous faire, comme si citait à la loi de faire la langue. Tout au contraire, mon ami, dans une foule de cas , c'est à la langue de faire la loi.
Vous savez mon goût. Toutes les fois que je puis continuer un peu ma route à pied,