‹ Le Rhin. 3Chapitre 9 sur 17 · LÉ;£NI>K 00 BEAU PËCOPIM · texte numérisé non relu

LÉ;£NI>K 00 BEAU PËCOPIM

Betoriptioli d'un mâuraû glie.

Ce qu'était cet édifice, il serait malaisé de le dire. C'était une inaisou forte comme une citadelle, une citadelle magnifique comme un palais, un palais menaçant comme une caverne, une caverne muette comme un tom* beau.

On n'y entendait aucune voix, on n'y voyait aucune ombre.

338 LETtRE VIlfGT-UNliME.

Autour de ce château , dont Timmensité avait je ne sais quoi de surnaturel, la forêt s'étendait à perte de vue. Il n'y avait plus de lune sur l'horizon. On n'apercevait au ciel que quelquesjétoiles qui étaient rouges comme du sang.

Le cheval s'était arrêté au pied d'un perron qui aboutissait à une grande porte fermée. Pécopin regarda à droite et à gauche , et il lui sembla distinguer tout ie long de la façade d'autres perrons au bas desquels se tenaient immobiles d'autres cavaliers arrêtés comme lui et qui semblaient attendre en silence.

Pécopin tira son poignard; et il allait heurter du pommeau la balustrade de marbre du perron, quand le cor du vieux chasseur éclata subitement près du chftteau, probablement derrière la Ihçade, puissant, énorme, sonore, assourdissant comme le clairon plein d'orage où souffle le mauvais ange. Ce cor, dont le bruit courbait visiblement les arbres, chantait dans les ténèbres un effroyable hallali.

Le cor se lui. A peine eut-il fini que les portes du château s'ouvrirent en dehors à deux battants, comme si un vent intérieur les eût violemment poussées toutes à la fois» Un flot de lumière en sortit.

Le genêt monta les degrés du perron , et Pécopin entra dans une vaste salle splendide* ment illuminée.

Les murailles de cette salle étaient couvertes de tapisseries figurant des sujets tirés de IMiisloire romaine. Les entre -deux des lambris étaient revêtus de cyprès et d'ivoire. En haut régnait une galerie pleine de fleurs et d'arbres, et dans un angle, sous une rotonde , on voyait un lieu pour les femmes pavé d'agate. Le reste du pavé était une mosaïque représentant la guerre de Troie.

Du reste, personne; la salle était déserte. Rien de plus sinistre que cette grande clarté dans cette grande solitude.

240 LLTTKE VINGT-UNIÈME.

Le cheval , qui allait de lui-mènic cl dont le pas sonnait gravement sur le pavé, traversa lentement cette première salle et entra dans une seconde chambre qui était de môme illuminée, immense et déserte.

De larges panneaux de cèdre sculpte se développaient autour de cette chambre, et dans ces panneaux un mystérieux artiste avait encadré des tableaux merveilleux incrustés de nacre et d'or. C'étaient des batailles, des chasses, des fêtes représentant des châteaux pleins d'artifices à feu assiégés et pris par des faunes et des sauvages , des joutes et des guerres navales avec toutes sortes de vaisseaux courant sur un océan de turquoises, d'émeraudes et de saphirs qui imitait admirablement la rondeur de Teau salée et la tumeur de la mer.

Au-dessous de ces tableaux une frise fouillée du ciseau le plus fin et le plus magistral figurait, dansles innombrables rapports qu'elles ont entre elles, les trois espèces de créatures

lerresircs qui contiennent des esprits : les géants, les hommes et les nains; et partout dans cette œuvre les géants et les nains Immilinient Thomme , plus petit que les géants et plus bèlc que les nains.

Le plafond pourtant semblait rendre je ne sais quel malicieux hommage au génie humain. Il était entièrement composé do médaillons accostés dans lesquels brillaient, éclairés d'un feu sombre et coiffés de couronnes de Pluton , les portraits de tous les hommes à qui la terre doit des découvertes réputées utiles, et qui pour ce motif sont appelés les bienfaiteurs de Vhumanité. Chacun était là pour rinvention qu'il a faite. Arabus y était pour la médecine, Dédains pour les labyrinthes, Pisislrate pour les livres, Aristote pour les bibliothèques, Tubalcaïn pour les enclumes, Architas pour les machines de guerre, Noé pour la navigation, Abraham pour la géométrie, Moïse pour la trompette, Amphictyon pour la divination des songes, Frédéric Barberousse pour la chasse au faucon, et le

sieur Bachou, lyonnais, pour la quadrature du cerclée Dans les angles de la voûte et dans les pendentifs se groupaient, comme les maîtresses-constellations de ce ciel d'étoiles humaines, force visages illustres: Flavius^ qui a trouvé la boussole; Chrislophe Colomb , qui a découvert TAmérique; Bolargus, qui a imaginé les sauces de cuisine; Mars^ qui a invenlé la guerre; Faustus, qui a inventé l'imprimerie; le moine Schwartz, qui a inventé la poudre ; et le pape Pontian , qui a inventé les cardinaux.

Plusieurs de ces fameux personnages étaient inconnus à Pécopin, par la grande raison qu'ils n'étaient pas encore nés à l'époque où se passe cette histoire.

Le chevalier pénétra ainsi , marchant où le menait le pas de son cheval, dans une Ion* gue enfilade de salles magnifiques. En Tune d'elles il remarqua sur h mur oriental cette inscription en lettres d'or : a Le caoué des I» arabes I autrement dit cave, est une herbe

» qui croit en obondanco dans l'empire du »Turc, et qu'on appelle dans l'Inde l'herbe » miraculeuse, élant préparée comme il s'en- » suit : prenez demi-once der celle herbe que » vous mettrez en poudre et ferez infuser dans » une pinte d'eau commune trois ou quttni » heures; puis vous la faites bouillir de mrtè » qu'il y ait un tiers de consommé. BuveD-lè » peu à peu , quasi comme en humant. Les » personnes de condition l'adoucissent ave4 » le sucre et l'aromatisent avec l'ambre gris. »

* En face, sur le mur occidental brillait cette autre légende : « Le feu grégeois se fait et » excite dans Teau avec du charbon de saule, » du sel, de l'eau-devie, du soufre, de la poix, »de l'encens et du camphre, lequel même » brûle seul dans l'eau sans autre mixtioji et » consume toute matière. »

Dans une autre sallo il n' j avait t)our tout ornement que le portrait fort ressemblant de ce laquais qui, au festin de Trimalcion, fai-

sait le tour de la lable en diamant d'une voix délicate les sauces où il entre du benjoin.

Partout des torclières, des lustres, des chandelles et des girandoles, reflétés par d'immenses miroirs de cuivre et d'acier, étincelaient dans ces chambres démesurées et opulentes où Pécopin ne rencontra pas un être vivant, et à travers lesquelles il s'avançait, l'œil hagard et l'esprit trouble, seul , inquiet, effaré, plein de ces idées inexprimables et confuses qui viennent aux rêveurs dans le sombre des bois.

Enfin il arriva devant une porte de métal rougeâtre au-dessus de laquelle s'arrondissait, dans un feuillage de pierreries, une grosse pomme d'or, et sur celle pomme il lut ces deux lignes :

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