‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 10 sur 250 · LoffGKOif, Géogr.de la Gaule, p · texte numérisé non relu

LoffGKOif, Géogr.de la Gaule, p

ville après qu'elle eut été dévastée par Attila, en 451. Ils s'établirent à Maëstricht {Trajectum ad Mosam), puis, au vme siècle, à Liège (Leodicum) avec saint Hubert.

Les villes du Rhin au-dessous de Cologne, qui avaient eu, vers la fin de l'Empire romain, le rang de civitates, ruinées par les invasions, perdirent ce titre et furent rattachées aux cités de Tongres ou de Cologne. De ce nombre sont Vetera (Xanten), Colonia Trajana (Kôln, près Clèves), Noviomagus (Nimègue), Lugdunum Batavorum (Leyde).

Toutes ces vieilles cités rhénanes continuaient leurs rapports d'autrefois avec le reste de la Gaule. Elles étaient gallo-romaines et non point germaines, en dépit de l'origine ethnique des maîtres du pays. Leurs aspirations, le principe de leur vie économique, industrielle, intellectuelle, leurs regards sont tournés non point du côté de la Germanie, mais exclusivement vers la Gaule. Nous l'avons démontré ; de nouvelles preuves de cette assertion sont fournies par l'histoire religieuse du pays rhénan.

Saint Martin évêque de Tours dans la seconde moitié du IVe siècle, parcourt les pays rhénans aussi bien que le reste de la Gaule ; il y exerce son apostolat errant, à la poursuite des idoles de l'Odinisme apportées par les Barbares. De Worms, où il commence son apostolat, Martin se rend à Trêves auprès de l'évêque Maximin. Celui-ci était d'origine poitevine et son frère Maxence était, lui-même, évêque de Poitiers. Saint Paulin (349- 358), saint Lubentius, saint Castor, saint Quiriace qui illustrèrent successivement l'église de Trêves étaient poitevins. Saint Séverin, évêque de Cologne vers 365, était de Bordeaux. Saint Nizier ou Nicet, évêque de Trêves, de 527 à 566 environ, était originaire du Limousin. Son successeur, Magnéric, le conseiller des rois Childebert et Gontran, était comme lui, issu d'une noble famille gallo-romaine, probablement de la même province. Saint Armand, évêque de Maëstricht, était né à Herbauge, au diocèse de Nantes. Saint Remacle, son successeur, fut abbé de Solignac en Limousin, avant de devenir évêque de Maëstricht, en 649.

Du ive au vie siècle, la Gaule du centre et de l'ouest, moins éprouvée par les invasions, est la pépinière d'où sont trans-

plantés en pays rhénan, les évêques, clercs et moines qui faisaient défaut dans les églises bouleversées par les Barbares. Thierry Ier fit venir de Glermont d'Auvergne un grand nombre de clercs pour servir à l'église de Trêves qui en manquait1. Et cela n'est point indifférent à constater, dans un temps où l'influence du clergé fut si considérable au point de vue social.

Le premier de nos historiens nationaux, Grégoire, évoque de Tours à partir de 573, parcourt à diverses reprises les pays rhénans. Il raconte qu'il visita, à Cologne, l'église collégiale de Saint-Géréon, élevée, disait-on, sur l'emplacement où furent massacrés des soldats de la légion thébéenne ; il admire les splendides mosaïques de cette basilique. Le prestige moral du vénérable évoque de Tours, successeur de saint Martin, s'impose aux rois francs les plus farouches.

Sans entrer dans les détails de la vie de ces personnages ecclésiastiques, nous voyons par eux combien étaient demeurées actives les relations de Trêves, de Cologne et des autres villes rhénanes avec le reste de la Gaule, en dépit de l'élément germanique qui vint se superposer à leur population gallo-romaine. A cette unité de traditions et d'éducation, les Gallo-Romains de toutes les provinces de la Gaule ajoutent l'unité des croyances religieuses et la fraternité chrétienne.

Le désir des Barbares d'entrer dans l'Empire ou de le continuer, de jouer pour ainsi dire au Romain, les pousse à se faire chrétiens comme les Gallo-Romains, à répudier jusqu'à leurs jargons germaniques. Cette civilisation gallo-romaine, avec tout le cortège de ses éléments moraux et matériels, — le luxe public et privé, le raffinement des mœurs, les lettres et les arts, — les Barbares élevés dans le métier des armes, savaient bien que la source n'en venait pas d'eux-mêmes ni de la rive droite du Rhin, mais de la tradition de ces familles séculairement enracinées dans le sol conquis par eux et au milieu desquelles ils ne pouvaient que faire figure de parvenus. Par atavisme ils ont encore un pied dans la Barbarie germaine ; malgré toute leur bonne volonté, les meilleurs restent imprégnés de

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