Grec. Tch., Vitu Patrum, VI
rusticité crue, cruda rusticitas, suivant l'expression de Grégoire de Tours ; ils sont des semi-barbares et leur christianisme de forme ne réussit que superficiellement à transformer leurs mœurs. Néanmoins, il donne une réelle autorité aux évêques gallo-romains dont les chefs barbares aiment à faire leurs conseillers.
Ainsi, s'il n'y a plus de frontière rhénane au point de vue politique, le Rhin reste quand même, répétons-le, le fossé profond, la barrière matérielle et morale qui sépare la civilisation et la barbarie. On ne peut pas dire, avec certains auteurs modernes, qu'à partir du ve siècle, les intérêts des deux rives du grand fleuve sont devenus communs et distincts de ceux du reste de la Gaule. Non ! les « intérêts » des Germains de la rive droite et ceux des populations de la rive gauche ne se sont jamais confondus. La domination politique a été souvent la même, sans doute ; mais d'un côté est le repaire de la barbarie toute seule et sans partage, et de l'autre, la civilisation galloromaine christianisée, à laquelle les Barbares entrés en Gaule sont si heureux et si fiers de se mêler.
Sur la rive droite du Rhin, même dans les cantons occupés par des populations de race franque, il n'y a, comme autrefois, ni villes, ni civitates, ni diocèses. Les rois francs y nomment des ducs, c'est-à-dire des chefs militaires ; pour l'Eglise, c'est un pays de missions in partibus infidelium . Les Germains n'y sont pas plus avancés qu'à l'époque de Tacite.
Nous le savons déjà : leur habitat leur imposait cette immutabilité dans la barbarie et dans l'isolement forestier. Seules, quelques tribus germaines, voisines du Rhin, forcées par les Romains de vivre à l'état sédentaire, avaient quelque peu évolué, parce qu'elles avaient défriché, cultivé, bâti des maisons; par là, elles avaient modifié la nature de leur habitat et leurs mœurs. Parmi celles-ci, nous comprenons les Bavarois au sud, et les Francs transrhénans, fixés sur les bords du Mein inférieur.
A l'arrière-plan, à l'est des Francs, s'agitaient les Thuringiens, les Saxons, les Alamans, et derrière ceux-ci, comme jadis, les immanissiniœ gentes.