‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 100 sur 250 · CHARLES VIII ET LOUIS XII · texte numérisé non relu

CHARLES VIII ET LOUIS XII

Au traité d'Arras, en 1482, le roi de France n'avait reçu l'Artois, la Franche-Comté et le Charolais qu'en nantissement de la dot de Marguerite de Bourgogne, fille de Maximilien, qui n'avait alors que quatre ans : cette princesse fut promise au dauphin Charles. Mais lorsque celui-ci, devenu le roi Charles VIII, jugea plus conforme à ses intérêts d'épouser Anne de Bretagne, en 1491, Maximilien mécontent réclama la dot de sa fille éconduite. Il prétendit même exercer son droit de reprise sur tout l'héritage de Charles le Téméraire, et sans attendre, dès le 5 novembre 1492, il rentra dans Arras ; le mois suivant, ses troupes envahirent la Franche-Comté. A la cour de France, raconte H. Lemonnier, « les anciens conseillers d'Anne de Beaujeu, comme Graville et Gié, étaient d'avis de pousser la guerre contre Maximilien, et môme de garder sa fille en otage. Graville disait «assez aigrement» aux envoyés de Maximilien : « Si le Roy mon maistre voulait croire mon conseil, il ne vous rendroit jamais fille ne fillette, ville ne villette. » Mais Charles VIII n'écouta pas Graville; il restitua à Maximilien, l'Artois, le Charolais et la Franche-Comté1.

Le Roi avait hâte de faire la paix dans le Nord, pour marcher

1. II. Lemonmieu, dans Lavisse, Hisl. de France, t. V, 1" partie, p. 23.

sur les traces des preux de Charlemagne, en entreprenant sa campagne d'Italie, à la sollicitation de Ludovic le More. Le duc de Milan lui répétait : « Je vous aiderai à vous faire plus grand que ne fut jamais Charlemagne. » Il s'agit donc toujours d'atteindre l'Empire allemand. Mais Philippe de Crèvecœur, l'un des conseillers de Charles VIII, trouve que c'est prendre une voie détournée ; en vain, il représente au Roi que c'est dans les Pays-Bas qu'il doit frapper la maison d'Autriche. Charles VIII est persuadé qu'il atteindra mieux son but, et plus aisément, par l'Italie. Il est curieux de remarquer à la suite d'Albert Sorel, que c'est également en Italie, avec Bonaparte, que la Révolution attaquera et vaincra la Maison d'Autriche, en 17962.

Depuis le haut moyen âge, les empereurs allemands avaient la prétention de dominer en Italie. A cause de l'origine germanique des Lombards, ils prétendent que la Lombardie est terre allemande. Ils vont en Italie se faire couronner; ils y descendent, appelés par les papes ou pour leur faire la guerre ; ils possèdent jusqu'à la Sicile, où, dès le xme siècle, ils se heurtent aux Français. Les rois de France estiment qu'il est habile de les suivre dans ce pays, pour les atteindre plus sûrement. Ils sont appelés par les Italiens; ils connaissent la haine de l'Italien pour l'Allemand. « Combien de fois, observe M. Henri Cochin, les Italiens n'ont-ils pas vu descendre chez eux l'Allemand, flatteur d'abord, puis brutal, grossier, gagneur, rapace, qui s'en retournait ensuite, couronné et repu, « dans sa tanière», comme a dit Pétrarque, au milieu du xive siècle3.

Pétrarque ne cesse d'exhaler sa colère et son mépris à l'égard des « odieux larrons » allemands, qui pillent et ravagent l'Italie : « Jadis, dit-il, les Germains, pour la plupart, se livraient à la chasse et au brigandage; c'est à ce dernier exercice qu'ils aiment maintenant encore à se livrer, quand on les laisse faire4 » ; et après allusion à mains forfaits : « Ne serez-vous pas convaincus, après tant de preuves, ajoute-t-il, du mensonge de l'Allemand. »

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