‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 99 sur 250 · Petit-Dutaillis, op. cit., p · texte numérisé non relu

Petit-Dutaillis, op. cit., p

donner, au moins provisoirement, le Brabant, la Hollande et « aultres grandes pièces, à aucuns seigneurs d'Almaigne, qui seroient sesamys et qui lui aideroient à exécuter son vouloir x ». L'amplitude des ambitions du Roi est formellement exprimée dans cette déclaration des bourgeois de Lyon : « Le Roi a voulu et veult tosjours soubstenir et maintenir que le royaume s'extend d'une part jusques es Alpes, où est encloz le pays de Savoye, et jusques au Rhin, où est encloz le pays de Bourgoigne 2. »

Mais l'héritière de Bourgogne, hélas! épousa Maximilien, le 21 avril 1477. La rivalité de la maison de France et de la maison d'Autriche en fut l'inévitable conséquence. Elle éclata tout de suite. La mort de Marie de Bourgogne, le 27 mars 1482, fit entrer la lutte dans la voie diplomatique. Le traité d'Arras, du 23 décembre 1482, reconnut l'héritage de Bourgogne aux deux enfants de Maximilien, Philippe le Beau et Marguerite; les Pays-Bas restèrent à l'Autriche qui garda aussi la Franche- Comté, le landgraviat d'Alsace et le comté de Ferrette.

Le grand succès, pour Louis XI, fut la réintégration dans le domaine de la Couronne de France, de la Picardie, de l'Artois, du Charolais et du duché de Bourgogne. Mais l'installation définitive de la Maison d'Autriche dans les Pays-Bas devait fatalement rallumer la guerre. C'était la question rhénane toujours posée, jamais résolue. Quoi qu'il en soit, Louis XI avait lieu d'être satisfait. Il avait travaillé à reconstituer la monarchie de Clovis et de Charlemagne qui restait l'idéal rêvé par nos rois. Si, sur la fin de sa vie, Louis XI manifesta une dévotion toute particulière pour Charlemagne, ce fut sans doute à cause de ses succès dans les efforts qu'il fit pour rétablir la Monarchie franque dans toute son ampleur carolingienne. Il fit exécuter un reliquaire en forme de bras, en or massif, qu'il envoya à Aix-la-Chapelle, et dans lequel on plaça l'humérus droit de l'Empereur 3.

Pour ce, en 1482, les chanoines furent dotés par le roi de France

1. Pbtit-Dutaillis, dans Lavisse, Hist. de France, t. IV, 2e partie, p. 385.

2. Texte cité par H. Sée, Louis XI et les villes, p. 25 (1891) et par Petit-Duta.ii.lis, op, cit., p. 386.

3- Arbndt, dans le Bull, de l'Acad. royale de Belgique. Classe des Lettres, 1861, p. 337 et suiv.

d'une rente annuelle de 4.000 livres tournois, et l'on peut bien supposer que, — Louis XI n'étant guère prodigue de pareilles libéralités, — celle-ci cachait une arrière-pensée politique, comme les pensions payées aux princes rhénans. Les chanoines ne manquèrent pas de faire renouveler leur allocation annuelle, sous chaque règne, jusqu'à la Révolution1.

Ce n'est pas tout. Louis XI donna à l'Université de Paris pour patron saint Gharlemagne et il instaura le culte de saint Charlemagne dans toute la France. « Il ordonna, dit un contemporain, Robert Gaguin, de rendre à Gharlemagne les honneurs dus aux saints, et il envoya dans les villes des messagers pour indiquer au peuple le jour de la fête 2. » Le Parlement de Paris décida qu'en Fhonneur de saint Gharlemagne, le 28 janvier serait jour férié.

C'est peut-être l'occasion, dirons-nous ici, avec le savant auteur de Y Histoire poétique de Chatiemagne, de mentionner « le respect dont les rois de France, depuis le xv8 siècle, ont entouré la mémoire de celui qu'ils appelaient même leur progéniteur. Un usage singulier en est la preuve : à chaque sacre, le nouveau roi de France envoyait à Aix-la-Chapelle le drap mortuaire qui avait servi aux funérailles de son prédécesseur, pour être étendu sur le tombeau de Charlemagne 3 ». Cet usage fut respecté jusqu'à la mort de Louis XV, en 1775.

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