‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 101 sur 250 · Philippe de Commines, VII · texte numérisé non relu

Philippe de Commines, VII

2. Albert Sorel, l'Europe et la Révolution française, t. I, p. 258 et suiv.

3. Pétrarque, Devita solitaria, liv. II, sect. IV, ch. m ; Henry Cochin, Discours à la Soc. de l'Hist. de France, 1915, p. 10.

4. Pétrarque, De viris illustr., cité par Henry Cochin, Discours cité.

Un autre poète italien, contemporain de Pétrarque, Fazio degli Uberti, s'écrie, plein du désir de vengeance, que les Allemands ont réduit les Italiens en esclavage, que l'aigle impérial est profané par eux : « O Jupiter, dit-il emphatiquement, pourquoi n'arraches-tu pas l'oiseau sacré des mains de ce Charles IV et de celles de ses sales ivrognes allemands, qui d'aigle en ont fait un hibou 1 ! »

Quelle ironie dans ce titre de « Roi des Romains » porté par les rois de Germanie avant leur couronnement impérial ! Quelle haine et quel mépris dans ce mot tedesco, jeté par les Italiens à la face des Allemands ! Dante dit plus énergiquement encore, tedesci lurcki, expression qui, d'après Henry Gochin signifie : « Allemands, goinfres, goulus, buveurs crapuleux. » On croirait lire Jordanès sur les Huns d'Attila.

Bien d'autres témoignages attestent que les Allemands étaient exécrés en Italie aussi bien qu'en France ; leurs mœurs étaient demeurées barbares et partout ils sont méprisés : il n'y a qu'une voix contre eux en Italie, durant tout le moyen âge. Charles VIII et ses successeurs, appelés et aidés par les Italiens, purent donc croire qu'ils abattraient la puissance impériale en Italie plus facilement que dans les Pays-Bas où l'hydre allemande cramponnait ses bras tentaculaires. Les Italiens paraissaient des alliés plus sûrs que les principicules rhénans.

Les Allemands tenaient surtout à dominer en Italie, à cause de la tradition impériale : n'étaient-ils pas l'Empire romain ? Charles-Quint déclarera que l'Italie est le siège et le fondement de sa puissance2. C'est là ce qui explique toute la politique de ces expéditions d'Italie entreprises par nos rois, qui, à première vue, paraissent si inconsidérées. Ainsi, qu'on ne s'y trompe point : quel que soit l'aspect que revête la lutte implacable de la France contre l'Empire ; quel que soit le terrain sur lequel s'en déroulent les multiples épisodes diplomatiques ou militaires, nos rois ne perdront jamais de vue, même en Italie, la lutte contre l'Empire pour l'unité territoriale de la Monarchie, pour les limites naturelles de la Gaule qui doivent être celles

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