Cité par Henri Cochin, p
2. Lbmonsier, dans Lavissb, Hist. de Fiance, t. V, 2' partie, p. 76.
de la France, comme le répètent à l'envi, les légistes, les chroniqueurs et les poètes.
Quand Philippe le Beau, fils de Maximilien, eut épousé en 1496, Jeanne la Folle, héritière des couronnes de Gastille, de Léon et d'Aragon, la France se trouva encerclée d'ennemis ; partout et pour de longs siècles, elle va rencontrer les Autrichiens et les Espagnols coalisés contre elle, sur le Rhin, en Flandre, en Franche-Comté, dans les Pyrénées, en Italie. Etaitil donc si maladroit et si impolitique d'intéresser à cette lutte fatale, nécessaire, le Pape, Venise, le duc de Milan ?
D'ailleurs, Charles VIII lui-même, puis Louis XII, ne renoncèrent nullement, comme nous le verrons, à s'occuper directement des Pays-Bas, tout en dirigeant leurs armées sur l'Italie.
Dès 1495, Maximilien, effrayé des progrès des armées françaises et se sentant menacé au cœur même de son empire, convoqua une Diète, à Worms, sous couleur de paix universelle, mais dans le but évident d'arrêter Charles VIII. On y dressa une sorte de code de la paix qui fut promulgué avec une solennité particulière. Cette constitution célèbre fut tout aussi vaine que les billevesées débonnaires des pacifistes de tous les temps. D'ailleurs, ô ironie du sort ! les délibérations de la diète pacifiste de Worms furent troublées par un incident qui rappelait même les guerres privées féodales, depuis si longtemps condamnées par l'Eglise. Tandis que l'assemblée délibérait sur l'abolition du « droit de défi », on vit arriver à Worms un gentilhomme français, Claude de Battre, qui venait «défier», lui tout seul, tous les Allemands. L'empereur pensa que l'honneur de punir une telle audace était réservé au chef de l'Empire ; Maximilien, espèce de géant de huit pieds de haut, entra tout de suite en champ clos avec Battre, et en présence de toute la Diète, un combat singulier s'engagea dont l'Empereur sortit victorieux. Son triomphe athlétique fut célébré comme un fait d'armes éclatant qui vengeait l'Empire.
Mais ce qui le vengea d'une façon plus efficace, ce furent les revers de Charles VIII. Son successeur, Louis XII, se heurta» lui aussi, en Italie, à la rivalité jalouse des autres souverains. Heureusement, la France n'avait nul besoin de l'Italie pour for-
mer, dès cette époque, un Etat compact, unifié, le plus redoutable de l'Europe. Elle a déjà ses frontières naturelles sur la Méditerranée, sauf le Gomtat Venaissin ; sur les Pyrénées, sauf le Roussillon ; sur l'océan Atlantique ; sur la Manche, sauf Calais ; sur les Alpes, jusqu'à la Savoie; sur le Jura, sauf la Franche- Comté. Au nord-est seulement, elle porte à son flanc une plaie ; elle a une vaste échancrure, des limites incertaines qui la découvrent et la rendent vulnérable, depuis l'Artois jusqu'aux Cantons suisses. Mais si cette région est le chemin des invasions, elle est aussi la porte ouverte aux revendications légitimes et nécessaires. C'est une terre d'origine gauloise et franque ; elle a fait partie du regnum Francorum de Clovis, le fondateur de la Monarchie française. Louis XII ne l'oublie pas plus que ses prédécesseurs. Il y a des amis fidèles ; il y envoie ses agents pour y entretenir son étrange clientèle de princes rhénans. Son seul appui solide était le duc de Lorraine, Antoine le Bon, qui le suivit en Italie. Dans le Palatinat et les Électorats ecclésiastiques, c'étaient des féodaux barbares, presque indépendants, qui perpétuaient entre eux les guerres privées, aussi haineuses et farouches qu'au ixe siècle. Tel, l'évêque de Liège, Louis de Bourbon, qui ne fut rien d'autre qu'un forban crosse et mitre ; il mourut assassiné. Son successeur, Guillaume de la Marck, fut surnommé « le sanglier des Ardennes », à cause de sa férocité ; il eut la tête tranchée. Son compétiteur au siège épiscopal, Jean VIII de Horn, affichait tous les vices.
L'archevêque de Mayence, Thierry d'Erspach, sous lequel l'imprimerie fut inventée par Gutenberg, n'avait d'évêque que le nom. Après lui, Diéthère d'Isembourg et Adolphe de Nassau se battent avec un acharnement de sauvages pour se ravir le siège archiépiscopal. Un autre, Uriel, dont on vante pourtant les vertus, assomma d'un coup de maillet son sommelier, un jour qu'il le surprit buvant son vin dans sa cave d'Aschaffenbourg.
Quant aux princes laïques, leur vie de rapines, de meurtres et de complots rappelle les drames des temps mérovingiens. Les rois de France sont attentifs à entretenir leurs querelles, à acheter leurs concours. L'un des fils naturels du duc de Clèves, Jean 1er le Belliqueux, qui s'appelait lierman, fut un des agents de
Louis XII, qui le combla de cadeaux et le fit seigneur de Saint- Germain-au-Bois. Jean II, qui succéda à Jean Ier comme duc de Glèves, était déjà père de soixante-trois enfants avant son mariage ; on le surnomma Kinder mâcher.
La succession des duchés de Berg et de Juliers ayant allumé la guerre entre Charles d'Egmont, duc de Gueldre, et GuillaumeVIII, duc de Juliers, LouisXII fut choisi comme arbitre parles deux compétiteurs qui vinrent le trouver à Troyes, puis à Orléans. Le roi ne laissa pas Guillaume VIII s'éloigner sans lui faire présent de 4.000 écus d'or et lui promettre une pension. Le duc de Gueldre fut aussi comblé de libéralités ; plus tard, en 1504, il reçut des troupes que lui envoya Louis XII pour le soutenir dans sa révolte contre Maximilien et Philippe le Beau. Toutes ces manœuvres du roi de France exaspéraient Maximilien. A la diète de Constance, au mois de mai 1507, on l'entendit plein de colère s'écrier : « Le roi de France veut ravir la couronne impériale à la nation allemande ! »
En 1509, l'Empereur et le roi de France concluent à Bruxelles un arrangement relatif au duché de Gueldre. Mais Louis XII n'en continua pas moins à entretenir la révolte dans ce pays, si bien qu'en 1514, il envoya aux Gueldrois une armée commandée par le comte d'Oyen. C'était là une bien maigre compensation pour les revers qu'il venait d'éprouver en Italie; en 1512, il dut abandonner le Milanais et demander la paix. Il réussit du moins, en négociant, à couper court aux intrigues de Marguerite d'Autriche qui gouvernait les Pays-Bas au nom de son fils Charles, le futur Charles-Quint. L'ambitieuse régente réclamait la Bourgogne, « sans oublier de faire expresse mention des comtés de Maçonnais, Auxerrois et Bar-sur-Seine, usurpés par le roi de France » .
Le Rhin dans l'histoire. — II. 15