‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 105 sur 250 · H. Lbmonmer, op. cit · texte numérisé non relu

H. Lbmonmer, op. cit

rins d'or. Il partit ensuite en guerre contre le landgrave de Hesse auquel il extorqua, de la même façon, une lourde contribution. François Ier, enfin averti, se sépara du redoutable condottiere, mais trop tard et juste au moment où, peut-être, il eût fallu le garder, puisqu' « on y était ». Maximilien fut trop heureux, alors, d'accepter les offres de service de Sickingen ; il le flatta par des honneurs et lui confia le commandement d'une armée régulière qui envahit le Wurtemberg révolté. Au dernier moment, les Electeurs, sous la pression de l'opinion allemande, se déclarèrent pour Charles. Lors de la réunion de la Diète électorale, raconte Henri Lemonnier, le maréchal de Bonivet, qui avait posté 800 hommes d'armes vers la frontière, se rendit « en habit dissimulé » et sous un faux nom, à Rudesheim, à proximité de Francfort, «pour essayer de maintenir dans leur devoir les Electeurs qui avaient pris des engagements envers le roi de France { ». Mais Sickingen, de son côté, était venu camper aussi, avec une armée beaucoup plus nombreuse, auprès de Francfort et sa présence ne fut pas pour rien dans le succès de Charles- Quint. C'est probablement pour remercier Sickingen de ses bons offices, que Charles-Quint lui fit cadeau d'un magnifique coffret en argent ciselé, qui, à la suite de je ne sais quelles aventures, échoua, à l'époque de la Révolution, au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale où il est encore.

L'élection de Charles-Quint, le 28 juin 1519, rendit inévitable la guerre entre la France et l'Empire et rouvrit la question rhénane, dont le différend de Flandre et de Bourgogne n'est que l'une des phases. Charles-Quint revendiquait toutes les provinces de l'héritage de Charles le Téméraire, presque un cinquième de la France. Il régnait déjà sur l'Allemagne et l'Autriche, l'Espagne, Napleset la Sicile, la Rhénanie, les Pays-Bas et la Belgique.

En vertu de son titre impérial, il eut l'ambition d'être le chef de la « Chrétienté » dans le monde entier, puisque l'Amérique venait d'être découverte. Le soleil ne se couchait point sur ses Etats. Quod in cœlis sol, in terra Caesar est:«. Ce que le so-

1. M. Lumohnier, dans Lavisse, Hlst. de France, t. V, 2« part., p. 9.

leil est dans les cieux, César l'est sur la terre », dit une de ses médailles.

Mais il était loin d'avoir des ressources financières en rapport avec son vaste empire et avec ces prétentions à l'hégémonie universelle. Les pays qui relèvent de lui sont dispersés, incohérents, étrangers sinon hostiles les uns aux autres. Il fut obligé luimême, dès 1521, de confier à son frère Ferdinand, avec le titre de roi des Romains, tous les domaines autrichiens. Les villes rhénanes et flamandes sont jalouses de leur indépendance souveraine. Les troubles du protestantisme naissant sont aussi, dans l'Empire, un grand élément de faiblesse. A cette époque, en Allemagne et dans le pays rhénan, les appétits féodaux, les convoitises des burgraves, les brigandages des chevaliers errants, comme Sickingen, redresseurs de torts par l'incendie, le pillage et l'assassinat, sont surexcités sous la poussée des dissensions religieuses. Quiconque croit avoir à gagner quelque chose au désordre et convoite des biens d'Église, abrite ses turpitudes sous le manteau de la Réforme. Tous les grands seigneurs se font ainsi protestants, comme tous les moines que gêne la règle du couvent. L'Allemagne se désagrège socialement et redevient, comme aux ixe et xe siècles, le théâtre de guerres privées, atroces, monstrueuses.

L'empereur se fait le champion de la foi, l'adversaire aussi implacable que maladroit de l'hérésie. En Alsace, en 1525, parla répression cruelle de l'insurrection des Paysans, il arrête, mais pour un instant et en apparence, le mouvement réformateur dans les campagnes. Strasbourg se fait en grande partie protestante,, ce qui la désaffectionne des Habsbourg, plus encore qu'auparavant.

Au début de 1531, la fameuse ligue de Smalkalde ayant fait du parti luthérien un véritable État souverain, François Ier s'empresse de conclure avec elle un pacte « pour la défense de la liberté germanique ». Ses émissaires parcourent le Palatinat et toute la région rhénane. En Suisse, le roi favorise aussi les protestants. La politique de François l*T en Allemagne n'a rien de confessionnel : elle est exclusivement inspirée par les nécessités de la lutte contre Charles-Quint. Comme l'observera l'ambas-

sadeur vénitien, en 1535, « Sa Majesté conserve une amitié plus étroite que jamais avec tous les princes luthériens, pour un seul motif, celui de soutenir les ennemis de César1 » .

Lorsque François Ier, prisonnier après la journée de Pavie, est contraint, en 1526, de signer le traité de sa délivrance, Charles-Quint y inscrit, au premier article, la restitution de la Bourgogne. Mais François est bien résolu à ne pas observer un arrangement qui, ainsi extorqué, est immoral et, sur ce point, toute l'opinion est avec lui. « A Cognac, en mai 1526, il reçoit des députés de la Bourgogne qui déclarent que l'engagement pris envers Charles-Quint est nul, puisque le serment prêté par les Rois de France au moment de leur sacre, leur interdit d'aliéner aucune partie du domaine. Ils proclament leur ferme volonté de rester Français2. »

Après bien des luttes et des chicanes, le traité de Cambrai, du mois d'août 1529, laissait à la France la Bourgogne et ses dépendances, « ainsi que Péronne, Montdidier, les villes de la Somme, les comtés de Boulogne, de Guines et de Ponthieu ; mais François Ier cède, restitue ou abandonne Hesdin, Lille, Douai, Orchies, Tournai, Saint-Amand, et renonce à toute souveraineté sur la Flandre et l'Artois. Il donne à Marguerite et à l'Empereur, pour leur vie durant, le comté de Charolais 3 ».

Mais ce traité ne fut et ne pouvait être qu'une trêve, car il était loin de faire le compte de la France. Le roi, fidèle à sa politique, cherche tout de suite, comme auparavant, à se mêler, pour en tirer profit, aux troubles religieux de l'Allemagne qui, dit un contemporain, « ne fut jamais, de la vie des vivants, en telle agitation qu'elle est 4 ». François I8r soudoie les princes protestants, attise le feu de la guerre civile allumée en Westphalie par les anabaptistes. En même temps, il se prépare à la guerre, lève des troupes, demande des lansquenets à ses alliés d'Allemagne : Guillaume de Furstemberg et Christophe de Wurtemberg lui en amènent dix mille.

1. H. Lemonnier, dans Lavisse, Hist. de France, l. V, 2' part., p. 366.

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