‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 109 sur 250 · Brantôme, le Grand Roy Henri II · texte numérisé non relu

Brantôme, le Grand Roy Henri II

belles et grandes villes que l'on a arrachées des fleurons de voslre couronne, et de recouvrer pareillement la souveraineté des Flandres que l'on vous a si frauduleusement ravie, qui appartient aux roys de France, il y a plus de mille ans et de toute immémoriale ancienneté.

Et plus tard, Vieilleville dit encore au Roi qu'il aimerait mieux mourir que de s'exposer à ce qu'il soit reproché à lui et à sa postérité d'avoir contribué à « frustrer la Couronne de France d'une frontière de telle et si grande étendue qui vous ramène et fait rentrer au royaume d'Austrasie qui est la première couronne de nos anciens roys * » .

Le 15 janvier suivant, Henri II signe, à Chambord, un traité d'alliance avec Maurice de Saxe et les Réformés, parmi lesquels figurent les Strasbourgeois. Le Roi promet de l'argent et des troupes aux confédérés qui, en retour, le laisseront occuper les trois Evêchés de Metz, Toul et Verdun2.

Ainsi, le roi de France n'appuie les princes protestants que par politique et dans un but exclusif d'agrandissement territorial. On voit, d'autre part, combien les petits souverains allemands tiennent peu à l'Empire ; l'Empire est un agrégat sans consistance et sans cohésion ; il n'y a point de patrie allemande, tandis qu'il y a une patrie française; les deux pays sont, au fond, bien distincts, par la race, les mœurs, la mentalité, les tendances ; l'Allemagne tudesque reste dans l'éparpillement; elle est bien l'héritière de la vieille Germanie. Jamais il n'est apparu plus clairement qu'il y a quelque chose de plus fort et de plus durable que les barrières ou les agrégats politiques : ce sont les frontières de races, créées à la longue par l'habitat, les mœurs et l'éducation.

On vit peu de guerres aussi populaires. « Il n'y avait bonne ville, dit Vincent Garloix, le biographe du maréchal de Vieilleville, où les tambours ne se fissent ouyr pour faire levée de gens de pied, où toute la jeunesse ne se dérobât de père et mère pour se faire enrôler ; la plupart des boutiques demeurèrent vuides de tous artisans, tant était grande l'ardeur, en

1. Vincent Garloix, Mémoires sur la vie du maréchal de Vieilleville, ch. xiv.

2. H. Lemonniek, dans Lavisse, Hisl. de France, t. V, 2° part., p. 146.

toutes qualités de gens, de faire ce voyage et de voir la rivière du Rhin. »

Le connétable de Montmorency se dirigea sur Metz avec une « gaillarde armée », dans laquelle on remarquait environ huit mille Allemands rhénans commandés par le Palatin du Rhin : c'est ce qu'on appela d'un nom français bien significatif, « la promenade d'Austrasie ».

Le roi Henri II, parti de Joinville, franchit la Meuse, entra à Toul « dont les magistrats lui ouvrirent les portes le 10 avril ; le connétable, de son côté, entra dans Pont-à-Mousson et campa sous les murs de Metz... L'évêque Robert de Lenoncourt tout dévoué à la France, y avait organisé un parti favorable à Henri II1... » Avec l'appui de ce parti, Montmorency s'empara de la ville, sans coup férir, le 10 avril. C'était le jour de Pâques; le roi y fit son entrée solennelle, huit jours après, par la porte Serpenoise.

La mainmise du roi de France sur Metz eut un retentissement énorme dans tout le pays d'entre Rhin et Meuse. On espéra qu'Henri II pousserait jusqu'au bout sa conquête. Le Roi annonçait lui-même qu'il allait récupérer l'ancien royaume franc d'Austrasie jusqu'au Rhin. Il y eut en France, d'après les Mémoires du temps, un enthousiasme patriotique extraordinaire. Dans l'Est les traditions d'autrefois se réveillèrent : il n'était bruit que des droits de la France sur la rive gauche du Rhin.

De Metz, l'armée s'achemina vers Strasbourg parSarrebourg. Du haut des collines vosgiennes, dont les cimes étaient encore couvertes de neige, on admira la vaste plaine de la basse Alsace : « tant que la vue se peut étendre, dit Rabutin, on découvrait une belle et fort grande plaine qui dure de six grandes lieues de pays, semées de gros et grands villages, riches et opulents, de bois, rivières, ruisseaux, prairies et autres lieux de profit ».

A Strasbourg cependant, vieille cité, si fière de son indépendance, le parti autonomiste s'agite et proteste, par avance, contre ceux « qui éprouvent des sentiments d'affection plus profonds pour la Couronne de France que pour le Saint-Empire romain

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