‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 110 sur 250 · H. Lemonmer, op. cit. t p · texte numérisé non relu

H. Lemonmer, op. cit. t p

germanique ». Ce sont là, ajoute l'érudit historien de l'Alsace, les exhortations de Jacques Wimpheling, de Beatus Rhenanus, de Jérôme Guebwiler, que leurs compatriotes ne suivaient point, à cause de la toute-puissance de Charles-Quint dont on détestait surtout l'intransigeance religieuse1.

Les Strasbourgeois, s'ils étaient foncièrement hostiles à l'Empereur, ne voulaient pourtant pas se donner au roi de France, leur allié. Ils déclarèrent qu'ils refuseraient de recevoir le Roi s'il était accompagné de plus de quarante gentilshommes. Henri II n'insista point et n'entra pas. Haguenau, autre ville libre, le reçut, mais sans dissimuler son inquiétude, tandis que Wissembourg fut enthousiaste. Spire ferma ses portes. Les protestants allemands, alliés d'Henri II, inquiets à leur tour, supplièrent le roi de France de ne pas s'avancer plus loin. L'Électeur de Saxe, Maurice, se hâta de faire son accommodement avec l'Empereur, qu'il avait pourtant, peu auparavant, failli faire prisonnier à Inspruck.

Charles-Quint écrivit à son frère, le roi des Romains, pour lui recommander de « remonstrer aux Estats le tort que le Roy de France fait freschement au Saint-Empire par (l'occupation de) Metz, Verdun et Thoul, et la violence dont il use à l'endroit du duc de Lorrayne, confédéré et allyé dudict Saint-Empire ». Il fallait ménager l'opinion et ne point brusquer les esprits. Déjà, « après sa victoire, décisive pourtant, sur la ligue de Smalkade, c'est bien certainement pour ne pas pousser Strasbourg dans les bras de la France, que Charles-Quint avait offert à cette ville des conditions de paix d'une mansuétude particulière ; c'est de même, pour ne pas la rejeter sous l'influence des Habsbourg qu'Henri II s'abstient de tenter contre elle un coup de main2».

Après avoir projeté sur le grand Fleuve l'ombre protectrice de la France et fait piaffer son cheval dans ses ondes, Henri II jugea opportun de se retirer, non sans un salut plein d'espérance ! En revenant, il entra dans Montmédy, Bouillon, puis Verdun, où il s'arrêta.

1. Voir la Germania de Wimpheling, réimprimée par Ch\rles Schmidt (Genève, Fick, 1874, in-4) ; cf. Rod. Reuss, l'Alsace au AT//" siècle, p. 43.

Page 1