‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 112 sur 250 · Albert, margrave de Brandebourg-Bareith · texte numérisé non relu

Albert, margrave de Brandebourg-Bareith

2. II. Lemonnier, dans Lavisse, Hist. de France, t. V, 2* part., p. 152.

prompt remède, je puis m'attendre à voir l'Allemagne plongée dans des embarras tels que tous mes efforts ne parviendraient point à l'en faire sortir. » Henri II venait, en effet, en ce moment, de faire alliance avec l'Electeur Palatin, en vue de la guerre qui se ralluma bientôt, à la fois en Italie et dans le nord de la France.

Dans les Pays-Bas, les Impériaux s'emparèrent de Saint- Quentin. Mais peu de mois après, le duc François de Guise conquit Calais et Thionville, ce qui entraîna l'ouverture de négociations pour la paix.

Par le célèbre traité de Gateau-Cambrésis (avril 1559), la France fut obligée de rendre une partie de ses conquêtes, Marienbourg, Thionville, Damvillers, Montmédy, mais elle garda Calais et les trois Evêchés. Malgré ce succès, le traité fut désapprouvé en France, comme trop peu avantageux, parce qu'on laissait à l'Empire la Franche-Comté, la Savoie, la Bresse, le Bugey et le Piémont.

Cinquante ans plus tard, Jean de Saulx-Tavannes écrivant la vie de son père Gaspard, reproche à Henri II de n'avoir pas fait la conquête de l'Alsace et de la Lorraine : « Ce fut esté, dit-il, le rétablissement du royaume d'Austrasie joint à celui de France1. »

L'expédition de Henri II avait été universellement populaire; les littérateurs l'avaient encouragée : pour la glorifier, ils ne manquent point, à cette époque, de faire des comparaisons avec l'antiquité. Henri II s'avance sur les traces de Jules César. Tous les humanistes, Ronsard, Du Bellay, Pasquier, Philibert Delorme, Henri Estienne exaltent la précellence de la France et de la langue française ; ils parlent de nos ancêtres, les Gaulois, dont l'empire atteignait le Rhin. Rabutin qui dédie ses Commentaires des dernières guerres en la Gaule Belgique, au prince de Clèves, lui dit : « Rappelez-vous les divines louanges que vous donnâtes à Jules César. » Et Rabelais exulte, dans son Prologue du troisième livre de Pantagruel : « Considérant par tout ce très noble royaume de France... un

1. Mémoires de Gaspard de Saulx, année 1552; Albert Sorel, l'Europe et la Révolution française, t. I, p. 265.

chascun aujourd'huy soy instamment exercer et travailler, part à la fortification de sa patrie et la défendre ; part au repoulsement des ennemis et les offendre ; le tout en police tant belle, en ordonnance si mirifique et à profit tant évident pour l'advenir, — car désormais sera France superbement bornée, seront Français en repos assurés, — que peu de chose me retient que je n'entre en l'opinion du bon Heraclitus, affirmant guerre estre de tous biens père; et croie que guerre soit, en latin, dite belle, non par antiphrase..., mais absolument et simplement par raison qu'en guerre apparaisse toute espèce de bien et beau... »

Le branle était donné ; le succès avait favorisé les premiers efforts ; l'enthousiasme était universel. Les Valois n'en seraient évidemment pas restés là, si les guerres de Religion ne fussent venues, malheureusement, comme autrefois la guerre de Cent ans, empêcher la France de parachever son unité politique et son territoire, en conformité avec sa tradition historique et avec la nature i .

1. Rodolphe Reuss (l'Alsace au XVII' siècle, p. 43), rappelle que l'expédition de Henri II a été racontée, avec de nombreux et intéressants détails, par divers savants allemands, notamment par Lokenz et Scheuer. Ces derniers, dans leur Histoire d'Alsace (p. 244), sont scandalisés qu'on n'-ait point vu paraître « la rougeur de la honte » sur le front de Henri II « lorsqu'il entra dans Strasbourg qu il méditait pourtant de trahir ». Le malheur, remarque Reuss, est que cette entrée n'a jamais eu lieu que dans l'imagination de ces savants écrivains. Mais que penser de ces mots « la rougeur de la honte », sous la plume d'historiens allemands !

Le Rhin dans l'histoire. — II. Ki

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