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HENRI IV ET SULLY

Après l'abjuration d'Henri IV, en 1594, la guerre qu'il eut -à soutenir contre les derniers Ligueurs et leur protecteur Philippe II, prit le caractère d'une guerre nationale. D'un côté, Philippe II, sous le masque de son zèle catholique, nourrissait toujours le secret dessein de reconquérir l'héritage de Bourgogne; de l'autre, Henri IV et ses conseillers étaient résolus à reprendre la poursuite du légitime rétablissement des frontières du royaume. Dès 1595, Henri IV envoya le duc de Bouillon occuper le Luxembourg, et il fit envahir la Franche-Comté par une armée de Lorrains qu'il vint lui-même appuyer, après qu'il eut battu les Espagnols à Fontaine-Française, le 5 juin. L'intervention des Suisses empêcha que la conquête de la Franche- Comté fût définitive dès cette époque.

Si, dans le Nord, les Espagnols reprirent Cambrai et Calais, du moins, les subsides et les troupes qu'Henri IV fournit aux Hollandais, de 1590 à 1597, aidèrent le stathouder, Maurice de Nassau, à remporter les succès qui consacrèrent l'indépendance des Provinces-Unies. Le traité de Vervins, du 2 mars 1598, rétablit, à peu près, l'état de choses créé par la paix de Cambrai; toutefois, les négociateurs espagnols firent introduire dans le nouvel arrangement, l'affirmation des droits de Philippe II et de ses descendants à l'héritage de la maison de Bourgogne, « pour

en faire poursuite par voye amiable ou de justice, et non par les armes ». C'était une manière platonique de ménager l'amour-propre espagnol. Vers la même époque, une contestation de droit amena Henri IV à tourner ses regards du côté de l'Alsace. Les protestants de Strasbourg réclamaient tout ou partie des biens de l'évêché. Choisi comme arbitre, Henri IV envoya d'abord, en 1595, son représentant, le comte de Sancy ; puis, la querelle s'envenimant, il vint lui-même à Metz et à Nancy, en février 1603, et parvint à régler l'affaire à l'amiable.

Henri IV n'avait point lieu d'être satisfait des protestants français qui, sans cesse, continuaient à faire appel à leurs coreligionnaires étrangers ; ils soutinrent dans sa révolte le duc de Bouillon, le dernier des fauteurs de guerre civile. Celui-ci, voyant sa conspiration découverte, se réfugia chez son beaufrère, l'Electeur Palatin, en janvier 1603 '. Les princes protestants d'Allemagne eurent l'audace de députer en sa faveur une ambassade à Henri IV qui la reçut fort aigrement : « Si vous faites peu d'état de mon amitié, dit-il aux députés, je n'ai que faire de la vôtre2. » Le roi marcha avec une armée contre Sedan. Bouillon prit peur, avoua son crime et fut contraint de faire hommage de sa principauté au roi de France (2 avril 1606).

L'ordre et la paix rétablis, la France, unie et compacte, restait toutefois dangereusement enveloppée par les possessions espagnoles, Pays-Bas catholiques, Luxembourg, Franche- Comté, Charolais; un archiduc d'Autriche était landgrave d'Alsace. C'était là une situation grosse d'inquiétudes, une insécurité qui ramenait fatalement toutes les pensées vers le Rhin et les Pays-Bas. Aussi, Henri IV et Sully ne perdent jamais de vue la reprise de cette frontière ; mais ils pensent qu'il importe, avant tout, à un prince de s'assurer l'affection de ses sujets et de ne point les forcer à obéir par contrainte, ce qui provoque « la haine irréconciliable, dit Sully, et les puissantes armes des uns sur les autres ».

Sully constate que la France a des frontières que lui a assignées la nature, et que « le seul et unique moyen de remettre la

1. Mariéjol, dans Lwisse, Hist. de France, l. VI, 2" part., p. 44.

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