‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 117 sur 250 · Suli.y, chap. cxcyiii, cxcix · texte numérisé non relu

Suli.y, chap. cxcyiii, cxcix

3. Mariéjol, dans Lavisse, Hisl. de France, t. VI, 2* part., p. 111.

1607, il offrit la paix, en reconnaissant l'indépendance des Provinces-Unies. Puis, en janvier 1608, ces Provinces conclurent avec la France une alliance offensive et défensive. Elles gardaient leur indépendance : les Hollandais ne voulaient être ni Espagnols ni Français.

Le 4 mai 1608, les princes protestants d'Allemagne constituèrent leur « Union évangélique », qui comprit, entre autres, l'électeur Palatin, les margraves d'Anspach et de Bade-Dourlach, le comte palatin de Neubourg, le landgrave de Hesse, le duc de Wurtemberg, Strasbourg, Ulm, Nuremberg, Spire, Worms et d'autres villes. Les catholiques d'Allemagne formèrent aussitôt une « Sainte Ligue catholique », où entrèrent le duc de Bavière, les électeurs de Cologne, Trêves et Mayence, les évêques de Wurtzbourg, Passau, Augsbourg et d'autres, qui furent soutenus par les archiducs Albert, gouverneur des Pays-Bas, et Léopold, landgrave d'Alsace. Les esprits s'échauffaient de nouveau, lorsqu'en 1609, survint l'affaire de la succession du duché de Juliers, dont nous aurons bientôt à parler.

C'est au milieu de ces conjonctures que Sully conçut cette rêverie pacifiste que l'on appelle son « grand dessein ». Chaque siècle, à la suite de grandes tourmentes, enfante ainsi quelque généreux idéologue dont, un beau jour, une nouvelle tempête dans un ciel serein se charge de culbuter le « château de cartes ». Sully nous révèle dans ses Mémoires, qu'il proposa au Roi une attaque générale contre les cours de Vienne et de Madrid, de manière à constituer ensuite les Etats chrétiens sur des bases nouvelles. La paix régnerait en Europe entre toutes les nations ; on n'aurait plus à faire la guerre qu'aux Turcs. Les différends entre nations chrétiennes seraient désormais réglés par des congrès ou un « Conseil général ». Si ce fameux « grand dessein » n'est pas un roman, c'est une utopie qui ne fait guère honneur au sens pratique du grand ministre.

Quant aux projets réels d'Henri IV, on lit dans le Corollaire des Histoires d' Agrippa d'Aubigné : « Est à noter qu'il ne venoit au Roy aucune augmentation en apparence que l'étendue de son règne (royaume) au mont Cenis et aux rivières anciennes

qui en faisoient le partage, vers la haute et basse Allemagne. Mais il attachoit à soi inséparablement tous ceux qui auroient eu des plumes de cette dépouille et se rendoit arbitre et chef sur eux sans titre par effet, comme le pratiquoient les Romains sur leurs alliés. » Henri IV avait donc le regard tourné du côté des pays rhénans et il y entretenait avec soin la clientèle française. Richelieu, au début de ses Mémoires, fait allusion aux projets du feu roi : » Peut-être que l'appétit lui fut venu en mangeant, et qu'outre le dessein qu'il faisoit pour l'Italie, il se fut résolu d'attaquer la Flandre, où ses pensées se portoient quelquefois, aussi bien qu'à rendre le Rhin la borne de la France. »

On voit donc qu'Henri IV et Sully n'ont point perdu de vue la conquête de notre frontière rhénane ; seulement, en chefs d'Etat prudents, expérimentés et d'esprit équitable, ils estiment que la conquête en doit être préparée d'abord dans l'opinion des populations à conquérir. Ils répudient les procédés tyranniques appliqués par les Espagnols et les Allemands dans les Pays- Bas, en Franche-Comté, en Italie.

Comment Henri IV eùt-il exécuté ce programme de justice et de bon sens, en ce qui touche la frontière de l'Est, s'il ne fût tombé sous le poignard d'un assassin ? « Ce prince très sage, dit Albert Sorel, n'aurait certainement trouvé bon à prendre que ce qu'il jugeait bon à garder, mais on peut conjecturer que ses vues s'étendaient assez loin, aux Flandres au moins, et à toute la Lorraine. Sandraz de Courtilz, dans un écrit publié en 1688^ prétend même que « Henri IV vouloit rendre à la France ses premières bornes et porter les frontières du côté de l'Ouest jusqu'au rivage du Rhin ; du côté du midy jusqu'aux Alpes ; du côté de l'Occident jusqu'aux Pyrénées, et enfin du côté du Septentrion jusqu'à l'Océan1 ».

1. Cité par Albeivï Sorel, l'Europe et la Révolution, t. I, p. 271.

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