Cité par Alb. Sorbl, op. cit., 1. 1, p
l'Allemagne toute entière. Il refuse avec morgue d'évacuer Mayence, à la demande de Melchior de l'Isle, l'envoyé du roi de France. De quel côté Gustave-Adolphe va-t-il maintenant porter ses armes ?
Sur le conseil de Richelieu, Louis XIII vint en Lorraine, bien plus pour surveiller de près son dangereux allié que pour s'entendre avec lui. Gustave- Adolphe chercha à pousser le Roi « en l'attaque de Bourgoigne (Franche-Comté), Luxembourg, Flandres ou Alsace », et Richelieu, dans le Conseil du 6 janvier 1632 parut un instant décidé à saisir cette occasion « de reculer les frontières de la France jusqu'aux limites géographiques de l'ancienne Gaule1 ». Les princes protestants affirmaient au Cardinal que s'il soutenait leur cause contre la maison d'Autriche, ils remettraient au Roi de France « tout ce qu'ils tenaient en deçà du Rhin ». Dès lors, Richelieu fit ressortir, dans un mémoire adressé à Louis XIII, « qu'il semblait que les avantages du Roy étoient grands en ce parti, et le péril petit... Il étendrait son royaume jusqu'au Rhin, sans coup frapper ».
Mais il fallait d'abord ouvrir la route, c'est-à-dire s'emparer de la Lorraine, dont le duc Charles IV avait pris le parti de l'Empereur. « Cela fait, ajoutait Richelieu quelques semaines plus tard, on pourrait insensiblement étendre les bornes de la France jusqu'au Rhin, et être en état, peu après, de prendre part à la Flandre, si par un soulèvement général ou débris manifeste des affaires d'Espagne, on voyait, au printemps, qu'il y eût occasion de le faire2. »
Et pourtant, Richelieu hésita au dernier moment, à cause de l'insécurité que lui présentait l'alliance protestante. Il se rappelait les princes allemands, sous Henri II et Henri IV, répugnant à voir leur alliée, la France, que pourtant ils appelaient, s'approcher de l'Allemagne. Il eut d'autant plus raison de craindre, de leur part, un revirement d'opinion qu'ils semblèrent bientôt favoriser non point les ambitions françaises, mais les visées de Gustave-Adolphe qui manœuvrait pour se tailler un royaume protestant sur le Rhin et annexer ce pays à la cou-
1. Mariéjol, dans Lavissk, llist. de France, t. VI, 2* pari., p. 307. J. Albbrt Sorel, l'Europe et la Révolution, t. I, p. 273.
ronne de Suède. Et voilà pourquoi, dans les négociations qui s'engagèrent alors entre Gustave-Adolphe et la Ligue catholique allemande pour les bases d'une alliance, le duc de Bavière, Maximilien, demanda au roi de Suède, comme condition préalable, l'évacuation des provinces rhénanes ; et pourquoi aussi Gustave-Adolphe ne voulut point y consentir. Pour échapper aux Suédois, l'archevêque Electeur de Trêves se mit, le 9 avril 4632, sous le protectorat de la France, puisque, disaitil, l'Empereur était dans l'impuissance de protéger ses États. Il enjoignit à tous ses sujets et « affidez », de reconnaître le sérénissime roi de France, Louis, pour « son seigneur assistant1 ». Ainsi, sous la poussée des événements, les combinaisons de la politique se trouvaient bouleversées : les protestants se rattachaient à Gustave-Adolphe, prince protestant, plutôt qu'à Louis XIII, roi catholique, et l'archevêque de Trêves, prince catholique se jetait dans les bras du roi de France, allié des protestants. Richelieu, dans cet imbroglio, pensa sagement que la question rhénane n'était mûre ni pour Gustave- Adolphe ni pour la France. Il crut prudent d'attendre et de confier la réalisation de ses espérances à la diplomatie, au temps et, si besoin était, au prestige des armes : il se tenait prêt à agir.