Fréd. Masson, l'Académie française, p
admis par tous. Les populations de l'Alsace dont nous avons fait ressortir, plus haut, les origines et l'amalgame ethnique, formaient, par la constitution physique de leur habitat et sous la suzeraineté impériale, une mosaïque de villes libres, de principautés laïques et ecclésiastiques qui n'avaient guère de commun que leur dialecte germanique. C'est à peine si les malheurs publics supportés en commun leur avaient donné quelque conscience de leur solidarité morale. Elles en tirèrent toutefois la leçon, chaque jour plus évidente, que leur protecteur féodal, l'Empereur, leur suzerain, ne fut jamais en état de les protéger contre une agression étrangère, ni, comme une magistrature supérieure émanée de Dieu, capable de leur assurer l'ordre et la paix à la place de leurs querelles intestines. Aussi, durant les effroyables guerres de Religion, l'Alsace qui, en grande partie, avait adopté la Réforme, ne trouvant plus dans l'Empereur qu'un persécuteur, se tourne du côté de la France. Elle recherche l'alliance ou la protection de nos rois, et ceux-ci ne se font pas faute de répondre à son appel. Leur politique à l'égard de ce pays désemparé, consiste à combiner patiemment les anciens droits naturels et historiques auxquels ils ne renoncèrent jamais, avec les vœux et la volonté des habitants que le hasard des héritages féodaux, quand ce ne fut pas un acte de brigandage, avaient séparés du royaume des Francs — par conséquent de la France, — pour leur imposer cette longue domination autrichienne qui leur rappelait celle des Alamans des temps mérovingiens.
Après Henri II, Henri IV se montra particulièrement habile dans ses rapports avec les protestants, alsaciens et leur métropole, Strasbourg. « C'est sous son égide bienveillante, dit l'é rudit historien de l'Alsace, Rodolphe Reuss, que cette contrée a pu passer dans une tranquillité à peu près complète les années de 1600 à 1610, les seules d'une paix continue qu'elle ait connues, dans ce siècle si néfaste pour elle. Les Alsaciens ne furent point ingrats et le souvenir du « grand Henri » fut invoqué lorsque, plus tard, les Etats protestants d'Alsace eurent de nouveau recours à Louis XIII contre la tyrannie autrichienne1.