‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 127 sur 250 · Rod. Reuss, l'Alsace au XVII' siècle, p · texte numérisé non relu

Rod. Reuss, l'Alsace au XVII' siècle, p

en même temps que les places de l' Electoral de Trêves. Mais les généraux de Gustave-Adolphe, le rhingrave Otton-Louis et Gustave Horn, promènent toujours la torche incendiaire dans la haute Alsace, terre impériale. Les chroniqueurs du temps font la remarque que l'armée française de la basse Alsace s'abstient de tout dégât, tandis que les régiments suédois se signalent, dans toute la vallée de l'Ill, par leur vandalisme et leur barbarie.

Plusieurs fois vainqueur en Allemagne de Tilly et de Maximilien de Bavière, Gustave -Adolphe parle maintenant avec une arrogance dont Louis XII l et Richelieu sont de plus en plus troublés. Que serait-il advenu d'une ambition ainsi déchaînée, si Gustave-Adolphe, vainqueur encore une fois de Wallenstein à Lutzen, en 1632, n'eût été enseveli dans son triomphe ? Sa mort fut une délivrance aussi bien pour son alliée, Ta France, que pour ses ennemis, les Impériaux et les catholiques allemands.

Mais la guerre n'en continua pas avec moins de fureur de part et d'autre. Saverne, Cohnar, Belfort, les dernières places restées aux Impériaux, sont forcées de capituler, à la fin de 1632. Les protestants brûlent les églises et les couvents1. En 1633, disent les Annales des Franciscains de T/iann, « tantôt les Impériaux viennent battre les Suédois, et tantôt les Suédois reviennent battre les Impériaux : c'est un massacre sempiternel ». Le Rhingrave Otton-Louis fit martyriser les catholiques de Rouffach et des environs, dans des conditions d'atrocité inouïe. Rodolphe Reuss, après avoir résumé ces horreurs ajoute: << La froide cruauté, l'âpre soif de vengeance qui se manifestèrent, de part et d'autre, ont gravé d'une manière ineffaçable cet épisode lugubre dans les souvenirs des populations de ces contrées 2. »

Redevenu le maître de la situation politique, Richelieu sentait grandir chaque jour son influence. Tous les partis n'ont plus d'espoir qu'en lui ; catholiques et protestants sollicitent son intervention; de toutes parts on appelle la France. Le cardinal

1. Chronique de Guebwiller, p. 273, cilée par Reuss, l. I, p. 78.

2. Rod. Reubs, l'Alsace au XVII' siècle, t. I, pp. 79 et 11*.

ne veut rien précipiter, rien brusquer ; plus le mal sera grand, plus il deviendra l'homme indispensable; tant que les Impériaux ne seront pas réduits à merci, il engage les protestants à continuer la guerre ; il leur fournit des subsides ; il envoie le gouverneur de Verdun, Dupas de Fauquières, « exhorter instamment l'Electeur de Saxe à prendre la direction de la guerre, à se concerter avec Oxenstiern et à ne faire ni paix ni traité sans le consentement de la France». Fauquières a mission de dire au chancelier suédois « que le roi Louis XIII n'épargnera rien pour défendre les Suédois et les protestants confédérés contre la maison d'Autriche et même, que, pour le bien commun, il « ne refuseroit pas de se charger de la garde de quelques places avec charge de les rendre par la paix ». Les places qui conviendraient le mieux à la France « étoient Benfeld, Haguenau, Schlestadt et Brisach, s'il étoit pris, et autres principaux lieux de l'Alsace au deçà du Rhin ; Trarbach sur la Moselle et Kreutznach1 ». Sur ces bases, une convention nouvelle est conclue entre la France et la Suède, en 1633.

Dans les premiers jours de 1634, Richelieu eut à faire un pas plus décisif. Le comte de Salm, administrateur de l'évèché de Strasbourg, « croyant ne plus pouvoir se maintenir longtemps dans Saverne, et se voyant à la veille de perdre également Haguenau, préféra les remettre entre les mains du roi de France plutôt que de les voir tomber au pouvoir de la Suède2 ». Les troupes françaises qui occupaient déjà Ingwiller, Bouxwiller et d'autres petites places, entrèrent à Saverne et à Haguenau, en janvier 1634. Les Suédois, bien que maîtres de Schlestadt et de Benfeld, laissent faire, à cause de leurs difficultés avec la Pologne, pour lesquelles ils ont besoin de l'appui de la France. Dans le même temps, Richelieu essayait de corrompre le chef même des Impériaux, Wallenstein, en lui offrant un subside d'un million et la promesse de la couronne de Bohême ; le 25 février 1634, au cours de ses louches intrigues, Wallenstein fut assassiné.

A force de souplesse et de fermeté, Richelieu était à peu près

1. Mariéjol, dans Lavisse, Hist. de France, t. VI, 2* part., p. 310.

Page 1