Rod. Rbuss, V Alsace au XVII' siècle, t. I, p
parvenu à ses fins. Ses principaux adversaires avaient été, non point ses ennemis, mais ses alliés, Mansfeld et Gustave- Adolphe. A présent, voilà que surgit, à la tête des Suédois, un nouvel aventurier non moins terrible et aussi peu sûr, Bernard de Saxe-Weimar. Celui-ci ravage tout, en Bavière et sur la rive droite du Rhin, avec son allié, le maréchal de Horn, chef de l'armée des Pays-Bas. Richelieu le flatte ou le ménage, négocie sans relâche l'occupation de nouvelles places fortes, en prévision des événements. Il oblige le duc de Lorraine, Charles IV, à recevoir des garnisons françaises à Nancy, à Sierck, à Bitche, à La Mothe. Il prend sous sa protection la forteresse de Montbéliard, l'évêque de Bâle, l'abbaye de Lure. L'Electeur de Cologne a recours à lui et lui promet éventuellement des places fortes. Les Suédois ayant occupé Philippsbourg que l'Electeur de Trêves lui avait promise, Richelieu informe ses terribles alliés, qu'en échange et à 'défaut, il accepterait volontiers Benfeld, Schlestadt et Colmar1. Mais voilà que la Diète, mise en éveil, se réunit à Francfort, le 11 mars 1634, et trouve que les Français avancent trop. On les aime bien, mais de loin ; on aime surtout leur argent tout seul et sans eux. Soudain, Bernard, protecteur de la Diète, est battu par les Impériaux à Nordlingen, en septembre 1634 : aussitôt, les princes protestants et Oxenstiern font volte-face et se tournent avec anxiété du côté de la France ; ils envoient une ambassade, pour supplier Louis XIII de «se déclarer». Décidément, on ne peut pas se passer des Français : c'est tout ce que voulait Richelieu.
Déjà, les villes du Palatinat, Kaiserslautern, Neustadt, Mannheim, redoutant les troupes suédoises battues et moins disciplinées que jamais, avaient accepté volontiers des garnisons françaises qui y apportaient de l'argent et la sécurité. Sur l'ordre du Cardinal, le vieux maréchal de La Force vint se poster en avant de Haguenau, tandis que son fils se cantonnait à Saverne, avec une armée de réserve. Les populations accueillirent ces troupes avec enthousiasme. A dater de ce jour, les destinées de l'Alsace étaient entre les mains de la France. Richelieu jugea
1. Mahikjol, dans Lavisse, Hisl. de Fruncr, t. VI, 2* part., p. 313.
que le moment était venu d'en finir et de ne pas résister davantage aux sollicitations universelles qu'il avait lui-même provoquées. Melchior de l'Isle signe, en son nom, à Francfort, le 9 octobre 1634, une convention par laquelle le Rhingrave Otton- Louis et le chancelier suédois Oxenstiern abandonnent toute l'Alsace à la France. Les principales places de l'Alsace, sauf Strasbourg, sont mises « sous la protection de Sa Majesté très Chrétienne * ».
Le lendemain 10 octobre, le résident français avise le margrave Guillaume de Bade, commandant les troupes Impériales dans la Haute Alsace, que le roi de France prend possession de Colmar et de Schlestadt. Le 22, on signe à Worms une convention en vertu de laquelle, dès que le Roi prendra ouvertement part à la lutte, en faveur des protestants, toutes les autres places de l'Alsace, même Brisach, lui seront remises, et ses troupes auront libre passage sur le pont de Kehl, « la garde dudit pont demeurant toujours à ceux de la ville de Strasbourg 2 ».
Il est stipulé, il est vrai, qu'après la cessation des hostilités les garnisons françaises seront retirées, mais la paix était loin, et d'ici là, pour son entrée en campagne, la France gardait toute la ligne du Rhin, depuis Bàle jusqu'à Mayence3. L'Alsace était à la France : ainsi l'avait voulu la force des choses. Lorsqu'en janvier 1635, le duc Henri de Rohan y arriva, les Impériaux n'occupaient plus que Rouffach et Riquewihr qui furent vite enlevées ; Strasbourg fut déclarée neutre ; Benfeld garda provisoirement sa garnison suédoise.
Des échecs militaires vinrent pourtant assombrir la joie de Richelieu. Les Espagnols prirent Philippsbourg et Sierck, en 1635; l'archevêque Electeur de Trêves l'ut fait prisonnier dans dans son palais archiépiscopal. Le traité de Prague du 30 mai 1635 rétablit les affaires de Ferdinand II, en le réconciliant avec les protestants. Le moment était venu pour Richelieu d'intervenir enfin par les armes, oxenstiern vint à Compiègne