Rod. Reuss, l'Alsace au XVII' siècle t
des massacres ou des mauvais traitements, mouraient de la faim, de la peste, de la rage; on mangea de la chair humaine. On faisait une sorte de pain avec des glands pulvérisés. Le long des chemins, on trouvait des cadavres, la bouche pleine de racines et d'herbes qu'ils avaient essayé de dévorer *. « Pour arracher aux malheureux paysans leur dernier écu enterré dans un coin de la chaumière, les barbares n'hésitent pas à leur faire subir les tortures les plus horribles. Ils les rôtissent dans leurs fours, les suspendent par la barbe ou les parties honteuses, les fument dans leurs cheminées, leur entonnent de l'urine de vache, leur arrachent les ongles avec le chien de leurs pistolets... » Et ces atrocités sont attestées par des documents contemporains dont la véracité est irrécusable2.
Bernard de Saxe-Weimar, maître du pays qu'il tyrannise et détruit, n'écoute aucune remontrance du gouvernement français. Richelieu veut, en vain, lui enlever son titre de landgrave d'Alsace. C'est pis encore après que, le 3 mars 1638, Bernard a remporté sur les Impériaux sa victoire de Rheinfelden et qu'il s'est emparé de Brisach, le 17 décembre suivant. Et pendant ce temps les malheureux Alsaciens ne cessent de tourner leurs regards du côté du roi de France, leur seul espoir.
En septembre 1638, le gouverneur français de Schlestadt fait célébrer solennellement par la population la naissance du Dauphin de France. Le Magistrat de Strasbourg, à l'occasion du même événement, écrit à Louis XIII une lettre de félicitations, dans laquelle il promet « de témoigner ses devoirs et très humbles services à Mgr le Dauphin, quand Sa Majesté, chargée d'années et de triomphes, aura reçu la dernière couronne de gloire et d?immortalité qui lui est acquise et préparée au ciel3 ».
Mais Bernard, en dépit do son arrogance, se sent détesté comme un monstre ; il se rend compte que, sans l'appui du roi de France, son autorité en Alsace demeure très précaire. Alors, il tente un rapprochement; il se déclare prêt à renoncer à ses pensions et à ses conquêtes, sous la seule condition que le Roi
1. Rod. Reuss, l'Alsace au XVII' siècle, t. I, pp. 129 à 132.