‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 133 sur 250 · MAZARIN LE TRAITÉ DE WESTPHALIE · texte numérisé non relu

MAZARIN LE TRAITÉ DE WESTPHALIE

Mazarin, recueillant le glorieux héritage de Richelieu, s'efforça de continuer sa politique en Alsace et de maintenir l'alliance de la France avec les Suédois et les protestants d'Allemagne. Dès le 25 décembre 1641, deux ans avant la mort de Richelieu, des pourparlers pour les préliminaires de la paix générale avaient été engagés, à Hambourg, avec les représentants de l'empereur Ferdinand III ; il avait été convenu que le Congrès diplomatique se réunirait en Westphalie, à Munster pour la France et à Osnabruck pour la Suède. Mais les esprits étaient encore trop échauffés ; les affaires de la paix traînèrent en longueur, tandis que celles de la guerre reprirent au contraire une activité plus ardente. C'est la période française de la guerre de Trente ans, le temps des plus retentissantes victoires de Turenne et de Condé. Seulement, les mouvements des armées qui opérèrent en Alsace ou traversèrent ce pays, ne s'effectuaient pas sans entraîner des dégâts matériels et sans causer des préjudices aux habitants. Les Alsaciens, déjà si horriblement foulés par les bandes allemandes, dans les années précédentes, eurent à subir les allées et venues des régiments de Guébriant, de Turenne et de Condé. Ils s'en plaignent à Mazarin qui tache de les calmer et de les rassurer, leur fait dire que ce n'est qu' « un orage passager », que toutes les guerres

entraînent des désordres qu'on ne peut éviter. Il écritàd'Oysonville d'exhorter les populations à la patience et de faire son possible pour ne mécontenter personne sans nécessité. Il fait exempter la ville de Strasbourg de toute contribution pour son baillage de la Wantzenau ; il charge Turenne de réprimer énergiquement les incursions des Lorrains en Alsace. Enfin, le départ de Guébriant qui put repasser sur la rive droite du Rhin et reprendre l'offensive, ramena la tranquillité et la confiance chez les Alsaciens.

Les armées françaises, partout victorieuses après Rocroy (19 mai 1643), Thionville (4 août 1643) et la rude bataille de Fribourg-en-Brisgau (26 août 1644), s'emparent de Spire, Worms et Mayence ; le prince de Condé écrit dans sa relation : « Le Rhin est retourné à ses anciens maîtres qui, depuis la seconde race de nos rois, l'avaient perdu par leurs dissensions et leurs guerres civiles. »

Les Français pénètrent en Bavière et chassent l'Electeur; Ferdinand III ne se sent plus en sécurité dans Vienne même. Il presse alors les négociations entamées depuis longtemps, mais que, jusqu'ici, il avait systématiquement ralenties, dans l'espoir de voir tourner la chance des armes. Ses diplomates n'ignoraient rien des prétentions territoriales de la France sur le Rhin, bien que nos ambassadeurs ne les eussent pas encore nettement formulées. Mais l'opinion publique s'était prononcée depuis longtemps ; chaque jour, paraissent des plaidoyers historiques et juridiques qui poussent Mazarin à garder nos conquêtes, qui ne sont que la reprise d'anciens territoires français indûment détachés de la Couronne. Dès 1643, Jacques Cassan, avocat du Roi au Présidial de Béziers, publie un mémoire intitulé : La Recherche des droits du Roy et de la Couronne de France sur les royaumes, duchés, comtés, villes et pays occupés par les princes étrangers. Cassan soutient la thèse suivant laquelle toute la ligne du Rhin est la limite historique de la Monarchie française depuis Clovis :

Les Francs ont hérité des Gaules et de toutes leurs annexes; ils ont donc à réunir la Savoie et' Nice; ils ont à reprendre la Lorraine, car elle est des territoires en deçà du Rhin, qui ont été usurpés sur la France.

Quelque nom qu'il eût, ajoute notre législe, il faisait toujours une riche pièce de la Couronne de France. C'était une pierre précieuse, tirée de la même roche et de la même mine, comme un or sorti de la substance de la même terre... 11 faut y ajouter les Flandres et les Pays-Bas, car Jules César les a comprises dans le domaine gaulois...

Ce sont les bornes, ajoute-t-il, que la nature semble avoir mises de sa propre main et que les anciens rois, auxquels est dû l'établissement de cette Monarchie, donnèrent à l'État 1.

Lefèvre-Chantereau que nous avons déjà cité, publie, en 1644, un nouveau mémoire : Si Les provinces de l'ancien royaume de Lorraine doivent être appelées terres d'Empire. Il y soutient que le Roi doit reprendre l'ancien royaume d'Austrasie dont le royaume de Lorraine (Lotharingie) n'est qu'un débris, et que ce royaume a toujours l'ait partie de la France, le regnum Franco rum ; « que le gouvernement de la reine, mère du Roi, avait donc des raisons pour retenir la Lorraine et revendiquer d'autres terres entre Rhin et Meuse, comme le bas Palatinat, les duchés de Berg et de Juliers, les évêcliés de Liège, de Mayence et de Trêves, prenant partout le RJdn pour borne de la France, sans que le corps germanique put se plaindre qu'on blessât son intégrité, puisque dans l'origine, ces pays ne faisaient pas partie de l'Allemagne ».

Le devoir des négociateurs pour la France leur était ainsi tout tracé et Mazarin leur donna avec précision des instructions qu'ils ne devaient faire connaître qu'au moment opportun. A Munster, le 4 décembre 1644, les plénipotentiaires impériaux remirent un avant-projet de traité de paix; les premières contre-propositions françaises sont du 24 février 1645. Puis, ce furent, tout le long des années suivantes, un chassé-croisé de notes diplomatiques et de discussions juridiques, au cours desquelles nous voyons, pour la première fois, le 7 janvier 1646, les ambassadeurs français préciser avec fermeté leurs demandes dans une note où la France réclame : « l'ancienne Austrasie, les Trois-Évècliés, la haute et la basse Alsace, le Sundgau, le Brisgau et Brisach, Philippsbourg et les quatre villes fores-

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