Th. La.vali.ee, les Frontières de la France, p
Les ratifications du traité de Munster furent échangées seulement le 18 février 1649. Il y avait, alors, une douzaine d'années que les troupes françaises étaient établies dans la plus grande partie de l'Alsace. Aux yeux des populations, le traité de Munster passa pour ainsi dire inaperçu. La conquête militaire était accomplie; la conquête morale, la seule qui soit véritablement durable et valable aux yeux de l'historien, était déjà très avancée ; après 1648, elle s'acheva comme par enchantement. Ce fut, comme le rappelait récemment un conférencier alsacien, M. Albert Helmer, la justice française, le maintien des anciennes coutumes et des droits individuels, l'amour de la culture, de la langue et des arts locaux, le respect de la dignité humaine qui attachèrent pour jamais à la France cette race vaillante et loyale. Cinquante ans après le traité de Westphalie, un ambassadeur du roi de Prusse écrivait déjà à son maître : « Il faudrait deux siècles de chaînes pour arracher l'Alsace à la France. »
Aucune violence n'a été faite ni sur les personnes, ni sur les institutions, ni sur les croyances religieuses; nulle atteinte au droit et à la tradition historique. Tout le monde professe qu'en s'annexant l'Alsace, la France ne fait qu'opérer une légitime reprise1. Légistes, jurisconsultes, historiographes, diplomates, politiques enseignent cette doctrine qui ne rencontre nul contradicteur. Hugues de Lionne écrit le 7 juin 1659, après le traité des Pyrénées, que Louis XIV, par ses conquêtes, « n'a rien retenu au seul titre de conquête », mais tout au titre de restitution et de réintégration dans les droits de la Monarchie française.
Y eut-il jamais, dans l'histoire des peuples, une conquête plus admirable et plus légitime que celle-là, qui fixa définitivement le sort de l'Alsace et lui assura la paix, qu'elle n'avait jamais connue, jusqu'au jour néfaste de 1871, où les Prussiens, les Barbares modernes, revendiquèrent par violence ce malheureux pays pour le nouvel Empire allemand qu'ils fondaient.