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28fi LE RHIN DANS L'HISTOIRE
que ces bijoux et ces armes vénérables, les plus anciens monuments de la Monarchie française, entrèrent au Cabinet du Roi : on peut les admirer aujourd'hui, avec le trône du roi Dagobert, au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale.
Naturellement, Louis XIV, successeur de Childéric et de Clovis, combla de ses faveurs l'Électeur de Mayence. Quant à celui de Trêves, afin de rattacher son Electorat à la France, le Roi s'empressa de lui confirmer, — ce qu'il sollicitait — son droit de juridiction métropolitaine sur des évêchés français, ceux de Metz, Toul et Verdun; en 1661, il étendit même cette juridiction sur le Luxembourg.
La Ligue rhénane ainsi constituée, est le premier essai de cette Confédération des princes du Rhin dont Napoléon devait être le Protecteur; elle étendit l'influence politique de la France sur toute la rive gauche du grand Fleuve, depuis l'Alsace jusqu'à la Hollande. C'était le protectorat de la France sur toute l'ancienne Austrasie franque et chiodovéenne. Les princes qui en faisaient partie s'appelaient eux-mêmes « les Allemands de France ». La Ligue avait une armée qui était au service du Roi et s'appelait : « Armée de S. M. très Chrétienne et des Electeurs princesalliés. » Elle comptait une trentaine de mille hommes; les régiments allemands, ainsi au service de la France, portaient leurs noms d'origine : Furstemberg, Royal-Allemand, Salm-Salm, Royal-liégeois, Royal Deux-Ponts, Nassau, La Marck, Royal- Bavière, Hesse-Darmstadt, Birkenfeld et autres.
« Grâce à des conventions diverses, plusieurs l'ois renouvelées, plusieurs fois violée, mais que garantissaient presque toujours des subventions pécuniaires, la France pouvait, surtout en temps de guerre, occuper presque tout le territoire des Alliés, y établir des magasins, garnir de troupes leurs forteresses, enfin y lever, de la même façon qu'en Suisse, de nombreux soldats, que les princes de ce pays s'honoraient de commander.
« Louis XIV eut ainsi continuellement dans ses armées jusqu'à 12 régiments d'infanterie et 6 régiments de cavalerie, composés d'Allemands, commandés par des princes voisins du Rhin, et qui prirent la plus grande part à toutes nos guerres, même en Allemagne. Louis XV suivit cet exemple, et sous son
règne le nombre des régiments allemands s'éleva jusqu'à 25 *. »
Louis XIV versait annuellement 100.000 livres à la Caisse de l'armée de la Ligue pour son entretien : il est vrai que, dès 1664, personne ne savait déjà plus où passait cet argent.
Le traité des Pyrénées (1659), en taisant tous ces arrangements, les sanctionnait en fait. Il y fut stipulé que la France gardait l'Artois, une partie de la Flandre, du Hainaut et du Luxembourg, les forteresses d'Avesnes, de Marienbourg, de Thionville, de Montmédy, de Philippeville. Par d'autres négociations non moins habiles, Mazarin renouvela avec la Suisse le traité d'alliance qui faisait de ce pays ami, une pépinière de soldats pour la France, puisqu'il nous donnait une armée de 20.000 hommes, en échange de quoi le Roi garantissait l'indépendance des Gantons vis-à-vis de l'Empire. Les régiments suisses ont constamment servi la France avec honneur et loyauté, pendant toute la durée de l'ancienne monarchie ; ils ont glorieusement pris leur part de toutes les destinées des armées françaises.
Telle fut, sur notre frontière de l'Est, l'œuvre habile et glorieuse de Mazarin; Louis XIV témoigna sa reconnaissance à son ministre en lui donnant le comté de Ferrette et les seigneuries voisines.
Restait la question de Lorraine, province désormais enclavée dans la France, ce qui évidemment devait déplaire au duc, mais non point aux habitants dont la tradition était purement française. Se sentant menacés dans leur indépendance, par la politique de Richelieu, les ducs de Lorraine avaient rompu avec leurs traditions de famille et lié partie avec l'Empereur. Durant la guerre de Trente ans, Charles III et son frère François servirent dans les armées impériales. Mal leur en prit; les événements tournèrent en faveur de la France et de ses alliés, de sorte que Richelieu ne les reçut en grâce qu'en leur imposant de dures conditions. Aussi, la Fronde compta Charles IV dans les rangs des seigneurs français révoltés. Sur les instances des Espagnols, au traité des Pyrénées, son duché qui lui avait été