‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 139 sur 250 · Th. Lavalléb, les Frontières de la France, p · texte numérisé non relu

Th. Lavalléb, les Frontières de la France, p

enlevé, lui fut rendu, mais il dut faire sa soumission complète et consentir à ce que les armées françaises tinssent garnison dans ses forteresses. On stipula « que le duché de Bar, le comté de Clermont, les prévôtés de Stenay, Dun et Jametz, seraient à jamais unis et incorporés à la Couronne de France; que les fortifications de Nancy seraient détruites et ne pourraient être rétablies ; qu'une route militaire à travers la Lorraine serait ouverte pour les troupes que S. M. très Chrétienne voudrait envoyer en Alsace ou à Philippsbourg ».

Dans les Mémoires de Louis XIV, pour l'année 1662, le Roi revendique ses droits sur la Lorraine, comme « un passage à nos troupes pour l'Allemagne par l'Alsace » ; parce que, par la Lorraine, l'étranger peut facilement envahir la France, et parce qu'elle est occupée par un prince étranger qui est amené constamment à s'occuper des affaires intérieures du royaume. « Enfin, c'étoit l'ancien patrimoine de nos pères, qu'il étoit beau de rejoindre au corps de la Monarchie, dont il avait été si longtemps séparé. » Et Louis XIV se proclame le légitime successeur de Charlemagne; plus tard, en 1669, il devait faire occuper la Lorraine par ses troupes, sans que personne protestât, pas même le duc Charles IV. On le voit, après l'Alsace, la France travaille par la diplomatie encore plus que par les armes, à reconquérir ses limites naturelles. Tout l'y convie incessamment, sous tous les régimes, à travers les siècles : c'est sa loi immanente, instinctive; par là seulement, la paix de la Chrétienté sera assurée. Richelieu, après Sully, avait dit qu'il fallait « mettre la France en tous les lieux où fut l'ancienne Gaule1 ».

Étendre les frontières de la France « jusqu'au Rhin de toutes parts », c'était, répétait Mazarin après Richelieu, « la vraie sûreté pour la durée de la paix, laquelle nous trouverions dans notre propre puissance ». C'est encore pour atteindre ce grand résultat que Mazarin fit épouser à Louis XIV une infante d'Espagne : il espérait, par là, l'annexion des" Pays-Bas : « Cette possession, disait-il, formerait à la ville de Paris un boulevard inexpugnable; et ce serait alors véritablement qu'on pourrait

1. Cité par Ernest LA.visgi, Hist. de France, t. VII, 2* partie, p. 222.

appeler Paris le cœur de la France. La frontière serait ainsi étendue jusqu'à la Hollande, et aussi jusqu'au Rhin, par la rétention de la Lorraine et de l'Alsace, et par la possession du Luxembourg et de la comté de Bourgogne1. »

Tandis que l'Artois et l'Alsace nous furent acquis par Richelieu et Mazarin, Louis XIV nous donna la Franche-Comté, le Gambrésis, une partie de la Flandre et du Hainaut; de ce beau et vaste ro}raume, « son pré carré », il chargea Vauban de faire un camp retranché imprenable. Les historiens reprochent à Louis XIV de n'avoir pas su acquérir les Pays-Bas espagnols, « acquisition, dit Lavisse, qui eût fait de Paris, trop proche de la frontière, le centre du royaume, équilibré, dans l'unité nationale, les génies et les tempéraments du Nord et du Midi, donné à la France la recrue d'une population laborieuse et riche. La conquête en pouvait être faite sans violence à la nature, et sans trop offenser les sentiments des habitants. Ce qui serait crime aujourd'hui, ne l'aurait pas été en ce temps-là. C'était le hasard de mariages et d'héritages qui avait fait les provinces belges sujettes de Madrid2 ».

Louis XIV pouvait-il aussi facilement qu'on le prétend, faire cette conquête ? Les esprits et l'état des choses y étaient-ils bien préparés comme pour l'Alsace ? Le fruit était-il mûr, au regard d'une politique traditionnelle qui avait pour règle constante de ne rien brusquer ? Le Roi de France n'avait-il pas à compter avec l'opposition jalouse de l'Angleterre, aussi bien que de l'Empire et de l'Espagne? Ce n'est point, dans tous les cas, l'envie qui lui en manqua.

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