‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 149 sur 250 · LIGUE D'AUGSBOURG (1686). — TRAITÉ DE RYSWICK · texte numérisé non relu

LIGUE D'AUGSBOURG (1686). — TRAITÉ DE RYSWICK

Les annales de tous les peuples, au cours des âges, sont une trame tissée de périodes alternantes de développement et de décadence, de grandeur et de misères, de chutes et de relèvements, en un mot de fluctuations sociales et politiques qui rendent incertaine et chancelante la marche des nations dans la voie, d'ailleurs bien hypothétique, du progrès indéfini. Serait-il possible à l'historien de citer un peuple de l'antiquité ou des temps modernes, qui ait joui d'une prospérité continue, prolongée sans à-coups, durant seulement un siècle ? La France de Louis XIV devait subir la loi commune, inhérente à l'infirmité des sociétés humaines et des combinaisons politiques. Le stade de splendeur qui suivit la paix de Nimègue est l'apogée du grand règne; il fut bientôt suivi de victoires stériles ou trop chèrement achetées, de défaites, même de grands revers et d'une profonde misère.

Les acquisitions de territoires faites par le Roi, en vertu des arrêts des Chambres de Réunion, inquiétèrent l'Europe et amenèrent les puissances, jalouses et rivales de la France, à former en 1686 la Ligue (VAugsbourg. On y vit figurer l'empereur Léopold, l'Espagne, la Hollande, les Pays-Bas, la Suède, la Savoie, et enfin l'Angleterre, après que la révolution de 1688 eut détrôné les Stuarts et placé la couronne sur le front de Guil-

laume III, déjà stathouder de Hollande. Quand la guerre fut déclarée à la France, le 5 février 1689, les armées de Louis XIV tenaient Mayence et le Rhin jusqu'aux portes de Coblence. Sous les ordres du Dauphin et du maréchal de Duras, elles prirent tout de suite l'offensive, occupèrent Philippsbourg, Spire, Mannheim, Frankenthal, Worms, Oberwesel et tout le Palatinat. C'est alors que Louvois crut nécessaire de recourir à une tactique de guerre dont l'histoire de tous les temps nous donne, malheureusement, des exemples. Sur le conseil de Chamlay, il ordonna l'incendie systématique du Palatinat, pour que les armées ennemies ne pussent y trouver des vivres et fussent dans l'impossibilité d'y séjourner. « Ruinez et démolissez, lui écrit Chamlay, et mettez-vous, parla, en état d'être absolument maître du Rhin, en sorte que le pays des quatre Electeurs, lorsque la guerre recommencera, devienne la première proie de vos troupes. » Les habitants furent, à l'avance, expulsés. « On avait persuadé au Roi, dit Villars, que le salut de l'Etat consistait à mettre des déserts entre notre frontière et les armées des ennemis1. » En même temps qu'il ordonne la destruction des villes du Palatinat, Mannheim, Heidelberg, Spire, Worms et d'autres, Louvois presse Vauban de fortifier la basse Alsace qui se trouve en danger d'être envahie : Fortifiez Landau, lui mande-t-il; « de Landau on maîtrisera tout le Palatinat ; une grosse garnison dans cette place ôtera entièrement à une armée qui se serait aventurée en Alsace, le moyen de communiquer avec Philippsbourg ». On achève Sarrelouis, on double les fortifications de Luxembourg, on bâtit Mont-Royal, sur un rocher de la Moselle, entre Trêves et Coblence, là où, jadis, furent défaits par les légions, Classicus et Julius Tutor, les lieutenants du Batave Civilis. Mont-Royal faisait partie de la principauté de Yeldenz dont la réunion avait été décrétée par le parlement de Metz. « Ce poste, disait Louvois, mettra les frontières du Roi en telle sûreté, et les Electeurs de Cologne, de Mayence et le Palatinat en telle dépendance, que cette frontière sera meilleure et plus aisée à défendre que n'est celle de Flandre ?. »

1. Camille Rousset, Histoire de Louvois, t. IV, p. 159 et suiv.

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