‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 154 sur 250 · Albert Sorel, op. cit · texte numérisé non relu

Albert Sorel, op. cit

Leurs détenteurs d'occasion faisaient bon marché de leur absence de nationalité.

Joseph II proposa de donner les Pays-Bas à la maison de Bavière en échange de la Bavière elle-même qui fût devenue ainsi une province autrichienne. « Les Pays-Bas, réunis aux territoires de la dynastie palatine, sur la rive gauche du Rhin, auraient composé un royaume de Bourgogne ou d'Austrasie. » Pour gag*ner la France à cet arrangement, Joseph lui offrit le Luxembourg. Mais, Vergennes représenta à Louis XVI que le nom du nouvel Etat rappelait trop Charles le Téméraire; que les offres faites à la France étaient insuffisantes ; enfin, que l'extension de la maison d'Autriche serait ultérieurement une terrible menace pour la France, « quand bien même, disait-il, l'Autriche cèderoit à Votre Majesté tous les Pays Bas ». Sans doute, ajoute en substance le ministre dans son Mémoire, les pays du Rhin sont très tentants ; ils se prêtent d'une merveilleuse façon à l'arrondissement de la France ; mais il faut réfléchir aux conséquences de l'annexion : le préjudice qui en résulterait dépasserait de beaucoup l'étendue des bénéfices l.

Et Vergennes conclut qu'en travaillant à la paix générale, la France travaille à son propre bien et assure sa suprématie. « La France constituée comme elle l'est, dit Vergennes, doit craindre les agrandissements bien plus que les ambitionner... Son Roi, semblable à un juge suprême, peut considérer son trône comme un tribunal institué par la Providence pour faire respecter les droits et les propriétés des souverains... Par Votre Majesté, la justice et la paix régneront partout, et l'Europe applaudira avec reconnaissance à ce bienfait qu'elle reconnaîtra tenir de la sagesse, de la vertu et de la magnanimité de Votre Majesté. »

Vergennes eut-il raison ? Son attitude fut-elle dictée par une sage perspicacité, par une naïveté d'idéologue, ou un déplorable désintéressement? Dans tous les cas, compter sur la reconnaissance des nations rivales et jalouses : quelle illusion de la part d'un homme d'État !

1. Albert Sorel, l'Europe et la Révolution française, t. I, 314.

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