Rod. Reuss, l'Alsace au XVII' siècle, p
2. Albert Sorel, l'Europe et la Révolution française, t. I, p. 439.
du xviii6 siècle, son unité n'était guère représentée que par la cérémonie de l'élection de l'Empereur, à laquelle participaient les sept, puis les neuf Electeurs, « les colonnes, les chandeliers, les flambeaux » de l'Empire. L'archaïsme étrange de la cérémonie, à Francfort, était bien le symbole de la vétusté de l'institution, et Gœthe traduit le rire inextinguible dont fut prise, en sa présence, la belle Marie-Thérèse lorsque, du balcon de la maison Trauenstein, elle vit apparaître son mari, l'empereur François Ier, affublé en fantôme de Charlemagne et sortant de la cathédrale pour se rendre dans la grande salle du Rœmer. Ce rire de carnaval gagna la foule lorsqu'on vit s'avancer les grands dignitaires de l'Empire, avec leurs attributs symboliques et l'éclat fripé et terni de leur prérogative d'officiants ; puis, le festin impérial, servi, de la cour à la cuisine, par quarante burgraves ou marquis, en costume de cour. Une orgie sans nom terminait la fête populaire, autour d'une fontaine de vin qui demeurait intarissable pendant deux jours.
Le baron de Lang qui assista au couronnement de Léopold II, en 1790, dit irrévérencieusement que ce fut « la splendeur en haillons déchirés1 ». Une querelle vraiment homérique s'éleva entre les barons qui servaient la table de l'Empereur, pour savoir lequel d'entre eux présenterait le trente-septième plat. Il est vrai que le plat devait rester, à titre de revenant-bon, à celui qui l'aurait présenté.
Sans ses possessions autrichiennes de famille, l'Empereur n'eût pas été en mesure d'entretenir une armée pour faire respecter son rôle impérial. Quand il voyageait, c'était une ruine pour les villes obligées de l'héberger ; il est vrai qu'elles se rattrapaient en lui extorquant des privilèges qui les remuaient de plus en plus indépendantes et « libres ». L'Empereur n'était qu'un simulacre doré, paré et honoré comme ces vieilles statues habillées, devant lesquelles se prosternent des pèlerins venus de loin et des pays les plus divers.
A côté de cette « plénitude de majesté », l'unité de l'Empire était encore représentée par la Diète, assemblée des délégués