‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 16 sur 250 · Greg. Tur., Hist. Franc, III · texte numérisé non relu

Greg. Tur., Hist. Franc, III

de Clovis, puisqu'en Gaule il y ajouta la Provence et que, sur la rive droite du Rhin, les Alamans, les Bavarois et les Thuringiens reconnurent sa suzeraineté.

Il lui restait à réduire les Saxons. Depuis des siècles déjà ceux-ci se signalaient par leurs incursions et leurs ravages en Gaule : ils ne devaient être définitivement domptés que par Gharlemagne. Leurs succès passagers avaient surexcité leur audace. En vain les empereurs romains, nous l'avons vu, avaient jadis distribué des terres à plusieurs de leurs bandes, en Flandre, en Normandie, sur la Loire ou en d'autres contrées ; ils se reformaient toujours plus nombreux. Au vie siècle, on les trouve cantonnés le long de la mer du Nord, sur le Weser et l'Elbe. Sur mer, dépassant en audace les Scandinaves euxmêmes, ils ravagent presque impunément les côtes de la Gaule jusque sur l'Atlantique : « C'est un jeu pour ces pirates, écrit Sidoine Apollinaire, de sillonner la mer de Bretagne sur des cuirs cousus... De tous les ennemis le Saxon est le plus cruel. »

Leur refus de payer au roi des Francs un tribut annuel de 500 vaches, auquel quelques chefs s'étaient engagés autrefois, fut le prétexte d'une nouvelle expédition contre eux. Ces Barbares avaient hérité de toute la fourberie des anciens Germains, natum mendacio genus, si bien que les guerriers Francs euxmêmes déclarent qu'on ne peut se fier à leur parole. Glotaire franchit le Rhin avec ses leudes et son armée. « Il s'était avancé jusqu'auprès des frontières des Saxons, lorsque ceux-ci lui envoient des ambassadeurs chargés de lui dire : « Nous n'avons pas de mépris pour toi ; ce que nous avions coutume de payer à tes frères et à tes neveux, nous ne te le refusons pas ; nous te donnerons même davantage, si tu l'exiges. Nous ne désirons qu'une chose, c'est que la paix subsiste, et que ton armée ne vienne pas se heurter contre notre peuple. » A ces mots, Glotaire dit aux siens : « Ces hommes parlent bien ; n'allons point les attaquer, de peur de pécher oontre Dieu. » Mais ceux-ci répondent : « Nous savons qu'ils sont des menteurs et qu'ils ne rempliront aucunement leurs promesses ; marchons contre eux » * ;

1. Scimus enim eos menduces, nec omnino quod promiserint impleturos. Grec. Tur., IV, 14.

les Saxons revinrent en suppliant, allant jusqu'à offrir toutes leurs richesses : « Prenez tout cela, disent-ils, avec la moitié de notre pays ». Les Francs, avertis par l'expérience, ne voulurent rien entendre. Le combat s'engagea ; des deux côtés il périt tant de monde, dit Grégoire, qu'on ne put compter les morts ; Clotaire fut obligé de se contenter d'une paix boiteuse. Aussi, quelque temps après, les Saxons s'avancèrent jusqu'à Deutz, sur le Rhin, en face de Cologne, prêts à franchir le fleuve comme autrefois1.

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