Grec. Tur., Hist. Franc, IV, 14 et
L'AUSTRASIE ET LA GERMANIE SOUS LES SUCCESSEURS DE CLOTAIRE Ier (DE 561 A 613)
Les Francs mérovingiens aspirent à dominer sur toute la Gaule comme les Romains et ils y réussissent. En se substituant à ces derniers et aux autres Barbares, ils reprennent la tradition de l'unité nationale de la Gaule et cette tradition s'impose à leurs divisions politiques, comme elle persiste dans tous les esprits : c'est elle qui donne à leur empire sa cohésion. Tragédies de cour, guerres intestines, partages successoraux, rien de tout cela ne porte atteinte à la solidarité morale de la Gaule franque dans toutes ses provinces. Sous ce rapport, le contraste est frappant avec la Germanie, demeurée le domaine incohérent de tribus étrangères et sans aucune affinité entre elles.
En Gaule, la langue latine reste la langue officielle universelle ; l'éducation est gallo-romaine, les écoles, les arts, tous les organes sociaux sont identiques à Cologne, Trêves et Metz, Paris, Lyon, Clermont, Poitiers, Bordeaux, Narbonne, Marseille. Lisez Grégoire de Tours, vous constaterez, par exemple, que les individus circulent sur tous les chemins, comme à l'époque romaine, d'un bout à l'autre de la Gaule, sans difficultés, sans entraves d'aucune sorte et sans qu'ils soient traités d'étrangers ou d'ennemis en passant d'un royaume dans l'autre : pour eux, depuis le Rhin jusqu'à l'Atlantique et à la Méditerranée, il n'y a
point de frontières. Les princes francs qui régnent séparément sur le lot que le sort leur a assigné, ont, au milieu de leurs rivalités sanguinaires, la perception très nette de l'unité de la monarchie franque, héritière de l'antique unité gauloise. Comme les Augustes et les Césars de l'empire constantinien, chacun d'eux n'est que le chef d'une grande province de la même nation, le regnum Franco mm, qui est toute la Gaule.
S'ils ont les honneurs et les bénéfices du pouvoir suprême, une cour souveraine, une chancellerie, des conseillers, un maire du palais, une école du palais, des antrustions, des leudes ; s'ils sont les chefs absolus de leur armée, les maîtres de leurs impôts, ils entendent bien, cependant, que l'unité delà monarchie franque ne soit point rompue par leurs partages. Ils se sentent solidaires les uns des autres, appelés occasionnellement à se succéder, disposés toujours à se ravir leur part d'héritage, au nom même du principe de l'unité monarchique.
Au milieu des tueries, des complots et des perfidies infâmes dont la carrière des fils et des petits-fils de Clovis n'est qu'une longue trame, ces princes barbares poursuivent un but constant : reconstituer à leur profit l'unité de la Gaule, depuis les Pyrénées jusqu'au Rhin. Et ce mobile de leurs crimes familiaux, — la raison d'Etat, — se trouve concorder avec les légitimes et traditionnelles aspirations des populations gallo-romaines. Grégoire raconte que Clovis, fils du roi Chilpéric, escomptant la succession de son père, après que ses deux frères eussent été assassinés par Frédégonde, s'écria : « Voilà mes frères morts ! le royaume est tout entier pour moi. Toutes les Gaules me seront soumises, et les destins m'ont accordé, à moi seul, tout l'empire1. »
Aussi, voyons-nous, de temps à autre, cette Gaule franque si unie moralement, reprendre sans secousse son unité politique : c'est un grand corps social dans tous les membres duquel circule la vie organique, échauffée par un foyer unique. Comme au temps de Clovis, la monarchie franque [regnum Francorum) se reconstitue pour ainsi dire d'elle-même, sous Clotaire Ier, sous