‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 162 sur 250 · LES FRANÇAIS SUR LE RHIN EN · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS SUR LE RHIN EN

Au commencement de 1792, la grosse affaire pour les révolutionnaires n'était plus le rêve de la Paix universelle qui s'était bien vite évanoui sous la poussée des événements. La France venait d'être provoquée par la fameuse Convention de Pilnitz, du 27 août 1791. Partout, le pressentiment de la guerre; partout, le frémissement des préparatifs. Le roi de Prusse écrit à l'Empereur, à Vienne, pour lui proposer la conquête, en commun, de l'Alsace, de la Lorraine, du Hainaut et de la Flandre1.

Louis XVI déclara la guerre à la Coalition le 20 avril 1792 : telle était alors la surexcitation des esprits que c'est cinq jours après seulement, le 25 avril, que Rouget de l'Isle, capitaine du génie, composait la Marseillaise, à Strasbourg.

Dumouriez, dès le premier jour, proposa au Roi un plan de campagne qui marque éloquemment le caractère traditionnel et national de la lutte qui va s'engager : Prendre l'offensive sur le Rhin, dans les Pays-Bas et en Savoie, c'est-à-dire partout où les frontières naturelles de la France ne sont point encore atteintes ; rester sur la défensive partout où la France a déjà ses limites naturelles. Dans le Conseil tenu par le Roi, Dumouriez est l'interprète de la pensée de tous, par cette déclaration : « La France,

1. Albert Sorel, l'Europe el la Révolution française, t. I, p. 546.

dit-il, ne peut avoir de sécurité qu'avec la barrière du Rhin. » Ainsi dégagée de l'idée de propagande révolutionnaire et des boursouflures des forcenés, la guerre qui débute en 1792 et durera 22 ans, n'est, comme le remarque Albert Sorel, « qu'un des épisodes du long procès armé qui se poursuivait depuis le xve siècle, entre la maison d'Autriche et la maison de France. Ce conflit était la condition même de la formation territoriale de la France i ». C'était toujours la revendication du Rhin. On reprenait d'instinct la tradition de notre glorieuse et incomparable Monarchie, et en même temps on répondait aux vœux des populations rhénanes qui sollicitaient l'intervention de la France et aspiraient à être débarrassées d'une oppression féodale surannée. Sans le vouloir, sans le rechercher, par une sorte d'impulsion atavique, la Révolution faisait sienne la grande pensée des rois de France, dix fois séculaire; le programme national de la Monarchie devint celui de la Révolution, le jour même où celle-ci la renversa. Telle était l'unanimité des sentiments à cet égard, que le plan de Dumouriez fut accueilli avec enthousiasme par tous les chefs de nos armées cantonnées sur la frontière, le vieux maréchal de Beauvau, La Fayette, Custine,Biron, Montesquiou qui appartenaient à l'ancienne armée royale, aussi bien que par les généraux acquis aux idées de la Révolution. Les doctrinaires appliquaient à la France cet aphorisme de Rousseau, dans son Traité de la Paix perpétuelle : « La situation des montagnes de l'Europe, des mers et des fleuves qui servent de bornes aux nations qui l'habitent, semble avoir décidé du nombre et de la grandeur de ces nations, et l'on peut dire que l'ordre politique de cette partie du monde est, à certains égards, l'ouvrage de la nature. »

Cet « ouvrage de la nature », limite de la France, c'était du côté de l'Est, « les Alpes et le Rhin, les anciennes bornes de la Gaule ». Tel est le principe affirmé, avec la phraséologie de charlatan, à la mode dans ce temps-là, par Grégoire, dans son Rapport à la Convention, le 27 novembre 1792. Nous n'avons point à raconter, ici, les causes de l'insuccès de notre première

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