‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 163 sur 250 · Albert Sorel, op. cit., t. F, p · texte numérisé non relu

Albert Sorel, op. cit., t. F, p

campagne militaire ni les événements intérieurs qui, après le

10 août 1792, jetèrent la France dans l'anarchie sanguinaire. La forteresse de Luxembourg, que Louis XIV avait dû abandonner, après l'avoir fortifiée, ouvrit aux Prussiens les portes de la France. C'est par là que, venant de Coblence, ils entrèrent, forçant la frontière lorraine à Redange. Paris apprit avec stupeur, le 4 septembre 1792, que Verdun venait de capituler et que Lille était assiégée. Les Prussiens, comme jadis Çharles-Quint, s'avancèrent dans les plaines de la Champagne, à 40 lieues de Paris.

De même qu'en septembre 1914, à la suite de notre défaite de Charleroi, le gouvernement parla de se retirer au delà de la Loire ou même jusqu'à Bordeaux. Servan, le ministre de la Guerre, voulait se réfugier à Blois ; Barbaroux trouvait que le plateau de l'Auvergne était un asile plus sûr ; Roland proposait Tours ; c'était un affolement général parmi les théoriciens du pacifisme, les rédacteurs de V Encyclopédie, tous les idéologues. Un homme d'énergie se dressa : « La France est dans Paris », s'écria Danton, alors ministre de la Justice. Il fallait, disait-il, provoquer « une convulsion nationale » qui chasserait l'ennemi et, avant tout, donner l'exemple de la fermeté et de la confiance.

11 obtint que le Gouvernement restât.

Et voilà que les Prussiens sont arrêtés dans l'Argonne. Le 20 septembre 1792, la victoire de Valmy les force à repasser la frontière : la France est sauvée. Bientôt nos armées, débordant au dehors, vont envahir la Belgique et la Rhénanie.

Le 24 octobre 1792, le Conseil exécutif de la Convention décrète « que les armées françaises ne quitteront point les armes et ne prendront point de quartiers d'hiver, jusqu'à ce que les ennemis de la République aient été repoussés au delà du Rhin * ». Il adresse aux armées cette proclamation : « Vous poursuivrez les ennemis jusqu'au delà de ce fleuve rapide qui, comme pour balayer leurs souillures, coule entre la terre des hommes libres et la terre des hommes esclaves. »

Dumouriez écrit à Kellermann : « Vous avez une fort belle

1. Albert Sorbl, l'Europe et la Révolution française, t. III, p. 152.

mission à remplir, c'est de municipaliser la Rue aux Prêtres, c'est-à-dire les gros évêchés et abbayes qui farcissent cette frontière d'Allemagne. J'espère qu'au printemps, vous viendrez me donner la main par Cologne. Le Rhin doit être la seule borne de notre campagne J . »

Gustine reçoit des ordres semblables : « Il faut, lui mandet-on, balayer tout ce qui est devant et à côté de vous, le long du Rhin, en traitant les villes impériales et, partant, les peuples, avec fraternité. » Vainqueur à Jemmapes, le 6 novembre 1792, Dumouriez entre à Mous, Bruxelles et Liège : la Belgique est délivrée, l'ennemi rejeté sur la Roër.

En Suisse, une armée française, partie d'Alsace, pénétra dans le pays de Porentruy. Les habitants, qui dépend; iqnt de l'évêque de Bâle, accueillirent nos soldats avec transport et se déclarèrent « affranchis de tous les liens qui les attachaient à l'empire d'Allemagne et aux évêques de Bâle ». Le 27 novembre ils se constituèrent en « République de Rauracie », sous la protection de la France. Après quatre mois d'indépendance ils envoyèrent une députation à la Convention pour demander leur incorporation à la République française. Accédant à ce vœu, le 23 mars 1793, la Convention décréta que « le pays de Porentruy faisait partie intégrante de la République française et qu'il formerait un département particulier sous le nom de Mont Terrible 2 ».

Pendant ce temps, Custine avait conquis le Palatinat et l'Electorat de Mayence ; lui aussi, était « pénétré de l'idée classique de la frontière du Rhin; il voulait mettre sa gloire à conquérir cette frontière à la France3 ». Dumouriez lui avait écrit, après Jemmapes: « Il est certain que nous ne devons pas poser les armes avant de nous être assurés que le Rhin servira de limites à notre empire, soit par agrégation de républiques libres, sous notre protection, soit par acceptation des peuples qui s'offriront à nous et entreront dans la composition de l'Empire français... Allez donc jusqu'à Coblence, mais arrêtez-vous là. Quand vous serez

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