‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 164 sur 250 · Albert Sorel, op. cit., t. III, pp · texte numérisé non relu

Albert Sorel, op. cit., t. III, pp

Le Rhin dans l'histoire. — II. 22

338 Li; RHIN DANS L'HISTOIRE

une l'ois maître de ce confluent, la République sera en sûreté, parce que vous aurez fixé la barrière naturelle, parce que nous serons sûrs de pouvoir défendre et maintenir ce que nous aurons pris 1. » On presse nos généraux : le 27 novembre, Brissot écrit à Dumouriez : « La République française ne doit avoir pour bornes que le Rhin .»

La région rhénane s'agite à l'approche des Français. De Landau, Gustine avertit l'Electeur palatin qu'il va traverser son territoire, mais que les troupes françaises n'y commettront aucune déprédation. Il n'avait que 1.300 fantassins, 4.000 cavaliers et 40 canons. Le 29 septembre il enjoint à ses troupes, par un ordre du jour, de respecter les personnes et les propriétés et d'observer la plus rigoureuse discipline : « Le Français, ditil aux habitants, combat pour la liberté dos peuples ; il leur offre d'une main le symbole de la paix, pendant que, de l'autre, il plonge ses armes dans le sein de leurs oppresseurs. » Gustine emporta presque sans coup férir Spire, Frankenthal, Worms. Sur son chemin, les pojmlations, qui accueillent ses soldats au chant du Ça ira, se montrent heureuses d'être débarrassées du régime féodal allemand. Gœthe, témoin de l'invasion, raconte : « Les Français arrivaient, mais ils ne semblaient apporter que l'amitié, et réellement ils l'apportaient ; ils avaient tous l'âme exaltée ; ils plantaient allègrement les gais arbres de la Liberté. Ils promettaient à chacun son droit et son gouvernement propre. Ils gagnèrent bientôt, ces Français prépondérants, d'abord l'esprit des hommes par leur ardente et vaillante entreprise, puis le cœur des femmes par leur irrésistible aménité. Le poids même de la guerre et toutes ses exigences nous paraissaient légers. L'espérance flottait devant nos yeux autour de l'avenir et attirait nos regards vers les voies nouvellement ouvertes2. »

Bientôt, l'avant-garde de Gustine fut signalée en vue de Mayence qui, d'avance, était disposée à capituler. En vain l'Electeur exhorte les habitants à se défendre ; il est contraint de se retirer à Wurtzbourg, en faisant enlever les armoiries de son carrosse pour n'être pas reconnu de la foule. « Les agents de la Cour ne

1. Vlbert Sorel, l'Europe et la Révolution, française,!.. III, p. 174.

Page 1