Goethe, Hcrmann et Dorothée. Clio
songèrent plus qu'à emballer les trésors des églises et ceux des palais. Gentilshommes, ecclésiastiques, émigrés français, tout ce qui avait à redouter l'invasion s'entassa sur des bateaux ou dans des voitures, emportant tout ce qu'on pouvait sauver, jusqu'au vin des caves1. »
Spontanément, dès le 5 octobre, les habitants arborèrent la cocarde tricolore. Enfin, le 19 octobre, Gustine parut et fit mine de vouloir faire le siège. La garnison autrichienne se retira. La capitulation fut signée le 21 octobre 1792. Les employés de l'Electeur eurent la faculté de rester en fonctions ; la sécurité des biens et des personnes fut garantie : « Vers midi, les portes de la ville s'ouvrirent. C'était un dimanche, la population se porta en foule vers le camp français. Forster2 s'y rendit avec sa femme : « Vive la République ! » cria-t-il, en saluant le premier soldat qu'il aperçut. « Elle vivra bien sans vous ! » répondit le républicain. Les Français distribuèrent force cocardes, et la populace allemande profita de l'événement pour saccager les vignes de l'Université. A 6 heures, Custine fit son entrée- Il se rendit au Palais épiscopal où la valetaille le reçut princièrement, puis il s'en alla dans la maison de ville ; il y avait convoqué le Conseil de la ville3. » Des compliments furent échangés; le général français fut d'autant mieux accueilli que la discipline de ses soldats inspirait confiance.
Dès le même jour, le 21 octobre, Forster écrivit au gouvernement prussien : « Heureusement pour l'Allemagne que le Rhin est là. Il doit former la frontière entre le pays de la République et l'Allemagne... Tout conseille de faire la paix en cédant Trêves et Mayence à la France. » Jean de Muller, secrétaire de l'Électeur, déclarait partager cet avis. C'est ainsi que Mayence devint républicaine, tandis que l'Électeur et tous les tenants de la vieille féodalité, apeurés, affolés, déménageaient des villes et des campagnes, et se réfugiaient au delà du Rhin.