Albert Sorel, op. cit., t. III, p
Dès le 26 octobre, arrivèrent à Mayenne les délégués de Goblence qui offrirent aux Français de leur livrer la ville ainsi que les forteresses d'Elirenbreitstein et de Rhinfels. Custine envoya ses lieutenants dans toutes les directions, recevoir la soumission du pays. Houchard se rendit à Mannheim; lui-même, enivré de ses faciles succès et séduit par l'enthousiasme des populations, traversa le Rhin pour aller prendre Francfort qu'il rançonna, parce que le besoin d'argent se faisait sentir dans son armée qui s'était abstenue de vivre sur le pays conquis.
Les historiens reprochent, peut-être non sans raison, à Custine de s'être laissé entraîner à la poursuite de l'ennemi, d'avoir pris Francfort et envahi la Hesse, au lieu de répondre aux sollicitations pressantes des villes de Coblence, de Saint-Goar, de Rhinfels qui l'appelaient et l'attendaient. « On ne sait, dit Thiers, jusqu'où il aurait pu aller en s'abandonnant au cours du Rhin. Peut-être aurait-il pu descendre jusqu'en Hollande. »
Custine fut-il entraîné à franchir le Rhin par des nécessités financières ou militaires? toujours est-il qu'il avait la conviction que le Rhin devait former notre frontière. Le 21 décembre 1792, il écrira encore au ministre de la Guerre, Lebrun: « Les puissances allemandes sentent que si les bornes de la République sont reculées jusqu'au Rhin, c'en est fait de l'empire d'Allemagne. Et moi, je pense jusqu'à la conviction, que si le Rhin n'est pas la limite de la puissance de la République, elle périra1... »
Le gouvernement républicain que Custine installa, dès le 19 novembre, englobait Mayence, Worms, Spire, Frankenthal et les cantons qui dépendaient de ces villes. Dorsch en fut nommé président, et Bœhmer y représenta le général français. Parmi les conseillers, on remarquait le professeur Hoffmann, révolutionnaire exalté, Reuter, ancien conseiller de l'Electeur, le Strasbourgeois Stamm, le médecin Metternich, Pape, ancien moine, le relieur Zech, le bibliothécaire naturaliste George Forster, « l'honneur et l'intelligence du Conseil ». Les curés reçurent une instruction qu'ils devaient lire en chaire aux popu-
1. Aldert Surel, l'Europe et la Révolution française, t. III, p. 250.
lations. Elle leur annonçait l'abolition du régime féodal, l'accessibilité des emplois pour tous les citoyens, la liberté, la sécurité, le bien-être : « Fiez-vous en à Dieu qui soutient si visiblement les entreprises des Français1. »
Sans attendre cette invitation, un grand nombre de communes rhénanes avaient déjà sollicité leur annexion. Dès le 3 novembre 1792, on avait lu à la Convention une lettre envoyée de Strasbourg, annonçant que les Mayençais voulaient leur réunion à la France. Le 15 novembre, était de même arrivée une adresse de huit communes du pays de Nassau-Sarrebriick demandant leur incorporation : « La France, dit cette adresse, est notre ancienne patrie... Nos relations commerciales et la conformité de langue semblent nous placer naturellement dans le département du Bas-Rhin. »
Le 18 novembre, la Convention reçut un vœu analogue de Bergzabern qui, depuis 1789, était, ainsi que Landau, en lutte avec le duc de Deux-Ponts2. « De Spire jusqu'à Bingen, rapporte Forster, tous les suffrages se sont prononcés unanimement pour l'acceptation de la République française et pour la réunion à la France3. » Ils enviaient bien légitimement la situation de l'Alsace. Et puis, n'était-ce pas la voix de leurs ancêtres gallo-romains et lotharingiens qui parlait par la bouche des citoyens de Trêves, de Mayence, de Coblence, lorsqu'ils pétitionnaient pour entrer dans la Patrie française ?
A Mayence même, le parti français recevait les adhésions des plus timorés ; ceux qui s'étaient enfuis rentraient dans la ville et s'empressaient de protester de leur dévouement à la France. Le 15 novembre, George Forster fit, au club municipal, la solennelle déclaration suivante : « Le Rhin est la frontière naturelle d'un grand Etat libre qui ne prétend faire aucune conquête; il reçoit seulement dans son sein les nations qui se donnent librement à lui... Le Rhin sera, conformément à la justice, la frontière de la France4. »