‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 170 sur 250 · Alfued Ramuvud, les Français sur le Rhin, p · texte numérisé non relu

Alfued Ramuvud, les Français sur le Rhin, p

missions, les Comités, les Délégués chargés, chacun, d'exercer l'autorité suprême, dans des domaines dont l'étendue n'était pas bien nettement circonscrite. Ses Commissaires aux armées eurent la prétention de gourmander les généraux et de se substituer à eux dans le commandement des troupes en campagne. Ce fut alors qu'à la suite de démêlés avec les Conventionnels qui lui furent envoyés, Dumouriez passa dans le camp ennemi.

L'armée autrichienne, sous les ordres du prince de Cobourg, envahit le pays entre l'Escaut et la Meuse et se porta surMons, renouvelant la tactique du prince Eugène en 1712.

Les populations belges, si empressées, deux ans auparavant, à accueillir les Français, et qui avaient demandé leur incorporation à la République, prirent peur et changèrent d'attitude, en voyant avec effroi, à la place de la liberté promise et entrevue, la plus épouvantable tyrannie, les exécutions capitales, les réquisitions incessantes, les exactions, la persécution religieuse, les assignats, la banqueroute. Les horreurs révolutionnaires eurent aussi un contre-coup funeste dans le pays rhénan, non moins profondément que la Belgique, attaché à la religion catholique. L'ennemi, profitant de ce revirement d'opinion contre nous, se livra à une active propagande dans les pays occupés par nos troupes, agissant surtout sur les commerçants et les groupements d'artisans appelés Zùnfte.

Lorsque l'Angleterre eut déclaré la guerre et que les Prussiens parurent sous les murs de Mayence, ce fut une défection générale, en dépit des fonctionnaires et des agents qui s'efforçaient de maintenir dans la fidélité des populations qui n'entendaient pas tout à fait la liberté comme la comprenait la Convention. Les menaces, les violences, les mesures les plus déplorables auxquelles eurent recours les commissaires français, ne firent que grossir les rangs des partisans de la réaction, qui, en désespoir de cause, devenait le parti le plus nombreux et celui des gens raisonnables1. Les habitants d'Aix-la-Chapelle, entre autres, ayant manifesté leur mécontentement, le général Dampierre leur tint cet imperturbable discours : « Vous n'êtes

1. Alfred Rambaud a exposé les effets de cette réaction dans son livre, les Français sur le Rhin, p. 226 et suiv.

pas mûrs pour la liberté; vans êtes comme des malades que leurs amis doivent contraindre à une opération salutaire1. »

Tandis que notre armée d'Alsace, sous Custine, était rejefée sur Landau et les lignes de Wîssembourg, les Prussiens assiégeaient Mayence ou s'étaient enfermés, avec 20.000 soldats, Beauharnais, Kîéber et deux conventionnels, Rewbel et Merlin de Thionville. Les assiégés furent décimés parla famine. Malgré leur héroïsme, désespérant d'être secourus, ils durent livrer la place, le 25 juillet : ils furent autorisés à se retirer avec leurs armes et sous la seule condition de ne pas servir contre la Coalition pendant un an : ils allèrent achever leur célébrité en Vendée.

A Mayence, la réaction allemande et féodale, heureusement pour la cause française, se fit aussi violente que l'était le régime terroriste en France. Tous ceux qui s'étaient compromis dans le parti de la République, « les clubistes », furent chassés ou obligés de se cacher : « Ils se mêlèrent, raconte Albert Sorel, aux soldats français et se dissimulèrent dans les rangs des troupes qui sortaient de la place avec les honneurs de la guerre. Ceux qui ne parvinrent pas à s'échapper, se virent en butte à une populace furieuse qui les poursuivit de cris de mort et saccagea leurs maisons... On incarcéra tous les membres de la Convention rhénane et tous les clubistes que l'on put découvrir. Puis, l'archevêque-Electeur, rentré dans son palais, aux acclamations de la populace, se rétablit dans son pouvoir absolu et restaura tous les abus2... » Partout s'exercèrent des vengeances, des sévices contre les personnes, si bien que les nouveaux maîtres, à peine réinstallés, firent, malgré tout, regretter les Français : « La nation française, dit Bruno Bauer, un Allemand, — s'était montrée sauvage et barbare dans la terreur et dans les désastres ; les Allemands mirent la terreur en action, au milieu de leur victoire 3. »

Pendant de longs mois, nos affaires gardèrent une tournure alarmante. Enfin, vers la fin de l'année, Hoche, à la tête de l'armée de la Moselle, et Pichegru, avec l'armée du Rhin, réus-

1. Albert Sorel, l'Europe et la Révolution française, t. III, p. 290; cf. Alfred Ramlsau», les Français sur le Rhin, p. 214.

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