Albert Sorel, op. cit., t. IV, p
rite1». On était toujours en défiance contre la fourberie germanique.
« La France, ajoutaient les Instructions, étendue jusqu'à ses limites naturelles, loin d'être dangereuse pour l'Allemagne, en sera la plus fidèle alliée ; elle verra volontiers les princes laïques possessionnés sur la rive gauche, s'indemniser par le partage des territoires ecclésiastiques de la rive droite. » Et les diplomates du Comité invoquent, sur ce point de droit, l'autorité des négociateurs delà Paix de Westphalie, qui s'étaient eux-mêmes inspirés de la théorie des légistes de Philippe le Bel, et avaient admis, en principe, la sécularisation des évêchés d'Allemagne. Les armées françaises étant passées sur la rive droite du Rhin, le roi de Prusse comprit la nécessité de donner corps aux pourparlers déjà officieusement entamés. Il était, alor*, en querelle avec l'Autriche et la Russie, à propos du partage de la Pologne ; son intérêt était de négocier avec les Français pour arracher l'Allemagne du Nord à l'hégémonie autrichienne et avoir sa liberté d'action du côté de la Russie ; en cédant la rive gauche du Rhin, Frédéric-Guillaume escomptait l'appui des Français pour obtenir des compensations, soit en Pologne, ou aux dépens de petits Etats allemands qu'il n'aurait aucun scrupule à spolier, soit par des sécularisations de biens ecclésiastiques. Il lui convenait donc de se hâter : il demanda à traiter. Notre plénipotentiaire à Bâle, Barthélémy, reçut l'ordre de faire savoir à la Prusse que la première condition de la paix était la cession à la France du duché de Clèves et delà Haute-Gueldre, les provinces que le roi possédait héréditairement sur la rive gauche du Rhin. On croyait éprouver, sur ce point, une ferme résistance. Loin de là, cette condition fut acceptée comme si le roi de Prusse s'y fût attendu. Le 5 avril 1795, à 6 heures du soir, le traité fut signé à Bâle, par Barthélémy, au nom de la République française, et Hardenberg, au nom du roi de Prusse. Par un article secret, le roi de Prusse reconnaît, en principe, la cession à la France de tous les États allemands .de la rive gauche du Rhin, quels qu'en soient les possesseurs ; la Répu-
1. Albert Sorel, l'Europe et la Révolution française, t. IV, p. 226.
Le Rhin dans l'histoire. — II. 23
blique lui promet ses bons offices pour que, lui-même, obtienne comme compensation, à la pacification générale, la moitié de l'évêché de Miinster et d'autres territoires ecclésiastiques. Les Français s'engagent à évacuer la rive droite du Rhin, aussitôt que le permettront les opérations contre l'Autriche. Les Etats de l'Allemagne du Nord seront neutralisés, sous la garantie de la Prusse K
Le traité fut porté, le 10 avril, par Rewbell à la Convention et ratifié dès le 14. La satisfaction, remarque Sorel, fut aussi grande à Berlin qu'à Paris. « Cette paix, Sire, me parait sûre, profitable et honorable », écrit Hardenberg au roi de Prusse. Le prince Henri de Prusse, frère du roi, exulte, dans la pensée que la Prusse va pouvoir travailler à établir son hégémonie sur l'Allemagne du Nord et s'étendre du côté de la Pologne : « Puisse cette paix, écrivit-il, devenir l'objet de la félicité de la République française ! Puisse-t-elle resserrer, comme je le désire, les liens de l'amitié entre les peuples, mais plus particulièrement entre la Prusse et la France2! »
Un mois après, le 16 mai 1795, la République batave concluait avec la République française une alliance générale, offensive et défensive. On lui laissa les bouches du Rhin et le Brabant. La France garda la Flandre flamande, Maëstricht, Venlo, Flessingue dont le port devait rester commun aux deux pays contractants3. Elle se réserva, en cas de guerre, de pouvoir placer des garnisons à Grave, à Bois-le-Duc et à Berg-op-Zoom. C'est seulement aux environs de Wesel que le Rhin devenait limite de la France, depuis là jusqu'à Bâle.
Plusieurs princes allemands qui avaient des possessions sur la rive gauche du Rhin, firent comme la Prusse et offrirent spontanément de les abandonner, moyennant des compensations sur la rive droite. Ainsi, le 25 avril 1795, le landgrave de Hesse-Gassel céda à la France, Rhinfels, Saint-Goar et quelques autres bourgs rhénans ; on promit des agrandissements à
1. Albert Sorel, l'Europe et la Révolution française, t. IV, p. 285; cf. De Clercq> Traités de la France, t. I, p. 232 et suiv.