Ch. Ghad, l'Alsace, p
avec la Suisse. Ce pays, de races mêlées, était partagé en treize cantons que gouvernaient les bourgeoisies locales, indépendantes les unes des autres et très jalouses de cette indépendance. La République unitaire qui essaya de s'y installer, à l'imitation de celle de la France, n'enfanta que l'anarchie à laquelle Bonaparte devait être bientôt appelé à mettre un terme. Pour l'instant, le premier acte du nouveau gouvernement fut de conclure, le 19 août 1798, avec la République française, une alliance offensive et défensive qui plaçait la Suisse sous la tutelle de la France. La Suisse s'engageait à fournir à la République française un contingent de 18.000 soldats; son territoire devait nous rester ouvert par deux routes militaires, celle de Bâle, qui remontait le Rhin par le Frikthal, jusqu'au lac de Constance; et celle de Genève qui traversait la Savoie et le Valais pour aboutir en Italie. Tout l'ancien évêché de Bâle et le canton de Poréntruy furent reconnus partie intégrante de la République française. La Suisse reçut, en compensation, les Villes forestières ainsi que des cantons des Ligues grises et du Vorarlberg.
Mais, comme au temps de Louis XIV, ces accroissements de territoire, ces arrangements et d'autres en Italie, réglés sans la participation des Puissances de l'Europe, mécontentèrent ces dernières et les inquiétèrent. L'Angleterre les décida à intervenir. Les désordres intérieurs de la France, l'incohérence gouvernementale, les conspirations quotidiennes, en même temps que le pitoyable état de nos armées et l'éloignement de Bonaparte, alors en Egypte, firent juger à nos ennemis le moment opportun pour une nouvelle coalition : elle engendra la guerre qui commence en mars 1799. Mais soudain, Bonaparte revient d'Egypte et, après le coup d'État du Dix-huit Brumaire, rétablit l'ordre partout.
Par une lettre fameuse, au lendemain de la promulgation de la Constitution de l'an VIII (13 décembre 1799), le Premier Consul offrit la paix au roi d'Angleterre et à l'empereur d'Allemagne. Ses avances ayant été dédaigneusement repoussées, il fallut de nouveau combattre. Tandis que Bonaparte, escaladant les Alpes, est victorieux à Marengo (14 juin 1800), Moreau franchit le haut Rhin et concentre ses forces vers Schaffouse, d'où il devait partir, à l'automne, pour aller vaincre à Hohenlinden.
Nos retentissantes victoires, en rétablissant le prestige militaire de la France, amenèrent, en février 1801, le traité de Lunéville, avant-coureur de la paix générale qui devait être, enfin, signée à Amiens, en mars 1802. La première condition du traité, dicté par Bonaparte et négocié, à Lunéville, par son frère Joseph, fut la reconnaissance formelle de la ligne du Rhin comme frontière naturelle et constitutionnelle de la France. L'article 6 est ainsi conçu :
Sa Majesté l'Empereur et Roi, tant en son nom qu'en celui de l'Empire germanique, consent à ce que la République française possède, désormais, en toute souveraineté et propriété, les pays et domaines situés à la rive gauche du Rhin et qui faisaient partie de l'Empire germanique; de manière qu'en conformité de ce qui avait été expressément consenti au Congrès de Rastadt par la députation de l'Empire et approuvé par l'Empereur, le thalweg du Rhin soit désormais la limite entre la République française et l'Empire germanique : savoir, depuis l'endroit où le Rhin quitte le territoire helvétique jusqu'à celui où il entre dans le territoire batave. En conséquence de quoi, la République française renonce formellement à toute possession quelconque sur la rive droite du Rhin, et consent à restituer à qui il appartient, les places de Dusseldorf, Ehrenbreistein, Philippsbourg, le fort de Casteiet autres fortifications vis-à-vis Mayence, à la rive droite, le fort de Kehl et le Vieux-Rrisach, sous la condition expresse que ces places cl forts continuent à rester dans l'état où ils se trouveront lors de l'évacuation.
L'.uticle 2 consacre de nouveau « la cession des ci-devant provinces belgiques à la République française, du comté de Falkenstein, du Frikthal et de tout ce qui appartient à la maison d'Autriche sur la rive gauche du Rhin, la République française se réservant de céder ce dernier pays à la République helvétique ».
Dans les autres articles, il est stipulé « que les princes dépossédés sur la rive gauche du Rhin, en conformité des principes établis au Congrès de Rastadt, obtiendront un dédommagement qui sera pris dans le sein de l'Empire1 ».
Quelques semaines après la signature du traité de Lunéville, le Corps législatif le ratifiait et votait, le 8 mars 1801, la loi suivante : «.Art. 1er: Les départements de laRoër, de la Sarre,