‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 181 sur 250 · Th. Lavallék, op. cit., p · texte numérisé non relu

Th. Lavallék, op. cit., p

la France, de ses limites naturelles : c'est alors le paradoxe de tous les siècles de notre histoire! C'est aussi le paradoxe de l'Italie, aujourd'hui !

Eh quoi ! un paradoxe, la France complète et définitive, garantissant la paix et la sécurité de l'Europe ? Arrière les pusillanimes qui redoutent des difficultés de toutes sortes ! Sans doute, il y aura des questions à régler, au point de vue commercial, économique, militaire, douanier, policier ou autre; mais la solution de ces problèmes multiples est, en général, plus simple, plus facile à établir nettement, lorsqu'entre deux pays voisins, il existe la tranchée indiscontinue d'un grand fleuve ou l'arête d'une montagne. Non ! le vrai paradoxe, et il a été caressé, hélas! par bien des gens, chez nous, c'est de croire que la France serait laissée en paix par les Allemands si sa frontière était reculée en deçà des Vosges ou des Ardennes ou de la Meuse ou du Rhône. Les incursions des Germains jadis, et la guerre actuelle se chargent de répondre à cette utopie du désintéressement, à cette politique du recul. La barbare agression du pangermanisme exalté sur notre pays sans frontière, n'a même pas été arrêtée par l'existence d'Etats-tampon comme le Luxembourg et la Belgique.

Paris, trop près de la frontière de l'Est, parut aux Allemands une proie facile, et cela seul suffit pour exciter « les corbeaux avides » ; comme toujours, ce n'est point une question de frontière de races ou de langues, à défaut de la frontière naturelle, qui a inspiré leur politique d'invasion armée : c'est l'ambition de dominer, l'ivresse de l'accaparement. Croyant avoir la Force en mains, les pangermanistes se sont élancés vers l'abîme, à la voix du Tentateur : sicut dii e'ritis ! Il faut à de tels appétits opposer la barrière de la nature.

Jamais la France n'eut une position aussi forte, aussi splendide, aussi loyale que sous le Consulat. Le Rhin lui formait, dit encore Lavallée, « une magnifique frontière, grâce aux alliances de la Suisse et de la Hollande qui en protégeaient les extrémités, grâce aux boulevards de Strasbourg, de Mayence, de Wesel, qui en gardaient le centre; les Alpes et les Pyrénées la terminaient d'autre part, non pour

l'isoler, mais pour l'unir à ses deux sœurs, de race latine, qui rentraient, libres et indépendantes, dans son action et son alliance1 ».

Notre jugement dit qu'il eût fallu s'arrêter là. Mais, et en ceci Albert Sorel a raison, la Révolution pouvait-elle s'arrêter dans son expansion au dehors, étant adoptée, appelée par d'autres nations; plus que jamais jalousée, attaquée par les vieilles monarchies ? La halte, n'est-ce pas, souvent, le symptôme de la fatigue, le point de départ de la décadence? Lorsque Rome s'arrêta dans son expansion, son prestige fut atteint ; elle fut bien vite réduite à la défensive ; elle lutta désormais, en reculant, jusqu'à la chute finale. L'homme fascinateur et prestigieux sur lequel étaient fixés les regards du monde entier, pouvait-il faillir à sa mission à la fois révolutionnaire et ordonnatrice, et s'arrêter ?

La France révolutionnaire s'était, depuis longtemps, mêlée aux affaires intérieures des autres nations ; elle était intervenue partout, même en Amérique ; elle s'était engagée dans les agitations de l'Italie, de la Suisse, de la Hollande, qu'elle eut la prétention de régénérer. De là, en janvier 1802, Bonaparte fut élu Président de la République cisalpine. Chose étrange ; il parut logique et naturel à tout le monde que le Piémont fût annexé à la France. La même année, le Premier Consul fut appelé à intervenir en Suisse. Des délégués des cantons vinrent solliciter Bonaparte qui accepta le titre de Médiateur de la Confédération suisse. Il rédigea pour ce pays une Constitution qui fut promulguée le 9 février 1803, et dont il assura le respect par une armée de 20.000 hommes.

Cela fait, Bonaparte fut amené à s'occuper des affaires d'Allemagne : c'était la conséquence des traités. En exécution du traité de Bâle et de la paix de Lunéville, une convention avait été signée, le 13 mai 1802, pour régler la sécularisation des évêchés de la rive droite du Rhin. La France ne s'était-elle pas engagée à aider la Prusse à en prendre possession, pour s'indemniser des territoires qu'elle nous avait cédés sur la rive

Page 1