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LE VOYAGE DE NAPOLÉON SUR LE RHIN EN

Sous l'Empire, les départements rhénans témoignèrent d'un loyalisme absolu, ralliés sans arrière-pensée à la France, patriotes, Français de cœur comme de fait, attachés à Napoléon et lui fournissant des soldats d'élite, heureux de jouir d'une administration ordonnée et équitable, bienfaisante et réparatrice. L'affranchissement des paysans, la liberté de conscience et le respect de la religion, l'égalité devant la loi, la qualité de citoyen français, titre d'honneur comme'l'avait été celui de citoyen romain ou celui de « franc », la gloire des armes, la fierté d'être soldat de Napoléon, comme jadis de servir dans les armées romaines : toutes ces nouveautés étaient appréciées des masses populaires aussi bien que des hommes lettrés et des bourgeois. Napoléon prit toujours à tâche d'envoyer dans cette région les plus expérimentés de ses préfets, parmi lesquels il faut citer Jean Bon Saint-André, assagi après le plus odieux passé révolutionnaire, et qui fut préfet de Mayence jusqu'à sa mort, en 1813.

L'Empereur voulut visiter ces populations nouvellement françaises, qu'on appelait « les Allemands de France », comme il y avait des Basques de France ou des Flamands de France; il avait déjà parcouru les départements de la Belgique en 1803.

Parti du camp de Boulogne, il arrive à Aix-la-Chapelle le 2 septembre 1804, accompagné de l'Impératrice Joséphine. « L'allégresse publique est à son comble, écrit le correspondant du Moniteur relatant son arrivée, et tous nos citoyens envient le bonheur de nos magistrats qui ont joui, ce matin, de son auguste présence. » Napoléon s'installe au Palais impérial; il donne audience aux ministres étrangers. Par une attention qui dut lui plaire, c'est dans ce palais de Charlemagne qu'il reçut l'ambassadeur de l'empereur d'Allemagne, Cobentzel, envoyé pour lui notifier la reconnaissance de son titre d'Empereur des Français par son maître. Sans cesse acclamé par la foule, il assiste à des fêtes publiques ; il visite la fabrique de drap Ignace Vanhorten, et la fabrique d'épingles Jecker; il fait une excursion à Borcette pour voir d'autres fabriques d'aiguilles et d'épingles. Il assiste à un Te Deum chanté en son honneur à la cathédrale ; l'enthousiasme populaire est à son comble. On lui montre et il contemple respectueusement et pensif, le trône de pierre sur lequel le squelette de Charlemagne, paré des attributs impériaux, fut assis durant trois siècles, jusqu'à Otton III.

Il examine, un autre jour, dans tous les détails, une Exposition industrielle organisée dans la salle de la Redoute. La foule se presse sur le passage de l'Empereur, pour le voir et l'acclamer. Il ne fait rien dans le seul but de plaire ou de rechercher la popularité ; mais chacun est fasciné par son regard pénétrant et dominateur. De longues heures de chacune de ses journées sont consacrées à écouter des rapports et à prendre des décisions pour le gouvernement de l'Empire, car, avant 1814, Napoléon ne constitua jamais de Régence. Il quitte Aix-la-Chapelle, le 11 septembre, après un séjour de dix jours, qui ne furent qu'une longue et universelle ovation1.

Tandis que Napoléon va reconnaître les défenses militaires

1. Nous empruntons les détails de l'itinéraire de Napoléon au précieux ouvrage de Schukkmans, Itinéraire de Napoléon I".

du bas Rhin, l'Impératrice se dirige directement sur Cologne. On lit dans le Moniteur : « Sa Majesté l'Impératrice part en ce moment pour Cologne. La bonté avec laquelle elle a daigné accueillir toutes les personnes qui ont eu l'honneur de l'approcher, et les grâces qu'elle a répandues sur toutes les classes de citoyens, lui ont à jamais conquis tous les cœurs. »

Dès le 11 septembre, Napoléon inspecte les fortifications de Juliers. De là, il gagne Neuss, puis Crefeld où il inaugure une exposition locale. Il quitte Crefeld le 12, au matin, passe à Yenlo et descend au château de Lahaye, près Gueldres. Le 13, il visite les digues et franchit le Vieux-Rhin. Il arrive le soir à Cologne : tel est l'enthousiasme universel que les plus renommés des bourgeois détellent les chevaux et se disputent l'honneur de traîner eux-mêmes la voiture de l'Empereur.

Le 14 septembre, dès 5 heures du matin, Napoléon visite le port et les entrepôts; il fait ensuite le tour de l'enceinte extérieure et passe en revue la garnison. Une affaire importante, celle de la navigation du Rhin, retient particulièrement son attention. Un règlement général était devenu nécessaire, après la suppression des innombrables barrières et droits de péage que, jusqu'à la Révolution, toutes les petites souverainetés riveraines avaient établies tout le long du fleuve. Déjà en 1803, la Diète allemande avait admis, en principe, la liberté du parcours fluvial réclamée par les plénipotentiaires français au Congrès de Rastadt, et Napoléon venait de ratifier, le 15 août 1804, une convention d'octroi conclue sur la base de la liberté de navigation, depuis Huningue jusqu'à l'embouchure du fleuve. Passant à Cologne, un mois après, l'empereur règle différents points de cette question sur laquelle il aura encore à revenir au cours de son règne, notamment en 1810.

Le 17 septembre, au matin, départ de Cologne. Le même jour, Napoléon passe à Bonn; le soir, il arrive à Coblence où il descend à la Préfecture. Les 18 et 19, l'Empereur séjourne à Coblence, au milieu des ovations et des réceptions ; il inspecte rigoureusement les défenses du confluent de la Moselle et du Rhin.

Le 20, il part pour Mayence, en suivant la route qui remonte

le Rhin. En passant à Rolandseck, il concède à des religieuses la jouissance de 60 arpents de terre dans une île du Rhin.

Du 21 au 24, à Mayence, réceptions officielles de la foule des princes allemands qui viennent faire leur cour à Napoléon : on remarque l'Electeur de Bade, le prince souverain de Hesse- Darmstadt, le prince souverain d'Isembourg, les ambassadeurs de Bavière, de Wurtemberg, de Nassau, de Tour-et- Taxis, de Francfort, etc. Tous s'empressent, accourent, font agréer leurs humbles hommages, veulent saluer celui qu'ils appellent « le héros du siècle » , et qu'ils disent « tant ressemble?' au premier de nos Césars romains, qui franchit le Rhin pour chasser les Barbares '. » Ils rappellent leurs anciennes alliances avec la France,. se font gloire des états de service de leurs ancêtres dans les armées françaises. Ils sollicitent Napoléon comme leur protecteur naturel, et ainsi sont jetées, suivant les vœux de tous, sans secousse ni violence, les bases de la nouvelle Confédération du Rhin. Mais Napoléon ne se laisse pas éblouir par ces hommages, intéressés. II presse la lutte contre l'Empire des Habsbourg ; aussi, du 25 au 28 septembre, il étudie avec une attention particulière les fortifications de Mayence sur les deux rives du fleuve; il leur consacre huit heures chaque jour. Entre temps, le 27, il confère avec PEleeteur Charles-Théodore de Daîberg, archichancelier du Saint-Empire, prince-archevêque de Ratisbonne ; il reçoit aussi le prince Frédéric, Électeur de Bade.

Le 30 septembre, Napoléon passe en revue les troupes de la garnison. Il séjourne à Mayence les 1er et 2 octobre 1804, frénétiquement acclamé par la population, dès qu'il parait en public. Le 3 octobre 1804, Napoléon quitte Mayence. Il arrive à la porte de Frankenthal à 3 heures. Avant d'entrer dans la ville, se dérobant à l'attente de tous, il va suivre la rive du Rhin jusqu'au pont de Mannheim, et les bords du canal, qu'il inspecte au point de vue stratégique, puis il revient à la nuit pour coucher à Frankenthal.

Le 4, à la pointe du jour, Napoléon quitte Frankenthal et arrive à Kaiserslautern, l'après-midi, à 3 heures. Il visite les forti-

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