LA CONFÉDÉRATION GERMANIQUE
C'est l'année suivante seulement, jen 1805, que Napoléon visita Strasbourg, pour la première fois, à l'occasion de la campagne d'Austerlitz : la nouvelle coalition continentale formée contre la France le forçait d'abandonner son projet de descente en Angleterre.
Avec une rapidité qui déconcerte l'ennemi, Napoléon transporte son armée des bords de l'Océan du nord à ceux du Danube. Le 26 septembre 1805, venant de Nancy, il fait son entrée à Strasbourg, par la porte de Saverne, à 5 heures du soir.
Le 1er octobre, à 3 heures de l'après-midi, Napoléon quitte Strasbourg, après avoir interrogé l'espion Schulmeister. Il franchit le Rhin et arrive, à 9 heures, à Ettlingen, où il donne audience au duc de Bade et à son fils. De là, l'Empereur se dirige sur Stuttgart où il est reçu par l'Electeur de Wurtemberg. Le 6 octobre, Napoléon voit, pour la première fois, le Danube, à Donauwerth, où il devance le corps d'armée de Murât.
La campagne d'Austerlitz fut couronnée par le traité de Presbourg, signé le 25 décembre 1805, qui démembra et abolit définitivement le Saint-Empire romain germanique. L'empereur d'Allemagne devient, dès lors, simplement empereur d'Autriche. Napoléon réunit au royaume d'Italie la Vénétie, l'Istrie et la Dalmatie; avec d'autres portions du Saint-Empire il crée
les royaumes de Bavière et de Wurtemberg et le grand-duché de Bade, posant ainsi les premières bases de la nouvelle organisation politique de l'Allemagne du Sud. Avant même que cet arrangement fût sanctionné diplomatiquement, la volonté de l'Empereur était si fermement arrêtée, qu'on lit dans le Bulletin de la Grande armée : « Les Électeurs de Bavière et de Wurtemberg vont prendre le titre de rois, récompense qu'ils ont méritée par l'attachement et l'amitié qu'ils ont montrés à l'Empereur dans toutes les circonstances. »
Par le traité de Presbourg, le chef-d'œuvre diplomatique de Napoléon, l'Autriche et la Prusse sont éloignées de nos frontières. Les 370 Etats souverains qui se partageaient l'Allemagne et y entretenaient, comme le dit Duruy, une anarchie permanente, sont supprimés et remplacés par des Etats plus vastes, mieux groupés et agglomérés, qui forment, sous le protectorat de Napoléon, la nouvelle Confédération germanique.
Telle est l'œuvre grandiose que proclame magnifiquement, en bas-reliefs sculpturaux et en style d'épopée, l'Arc de triomphi; de la place du Carrousel, ce joyau architectural de Paris :
A LA. VOIX DU VAINQVEUR d'aVSTERLITZ
l'empire d'allemagne tomre
la confédération du rhin commence
les royaumes de raviere et de wurtemrerg sont créés, etc..
Il importe d'observer qu'au traité de Presbourg, Napoléon, malgré ses décisives victoires d'Ulm et d'Austerlitz, n'annexe à la France aucun territoire nouveau. Il prend à tâche de respecter pour la France la limite naturelle du Rhin, sanctionnée par le traité de Lunéville et la paix d'Amiens. Ni à cette époque, où il eût pu profiter du démembrement du Saint-Empire, ni plu» tard, après la ruine de la Prusse et le traité de Tilsitt, en 1807, Napoléon ne donna à la France un agrandissement territorial sur la rive droite du Rhin, en dehors des forteresses de Wesel, de Castel en face de Mayence et de Kehl, près de Strasbourg, qui formant des têtes de pont, ménageaient des passages stratégiques et nous assuraient la maîtrise du grand fleuve. « J'ai
assez du Rhin » est le mot qu'il oppose aux suggestions de ceux qui le poussent aux annexions, et qu'il répète aux étrangers qui redoutaient les débordements de son ambition1. « L'Empereur a déclaré, fait-il dire à la Diète germanique, qu'il ne porterait jamais les limites de la France au delà du Rhin. »
En Hollande, dès le début de 1806, Rutger Jan Schimmelpenninck, chef du Pouvoir exécutif de la République batave, fut chargé par son gouvernement de se rendre à Paris, avec une députation de Hollandais, pour demander à l'Empereur de leur donner pour roi son frère Louis. Une Convention fut signée à Paris, le 24 mai 1806, et le 5 juin suivant, Louis-Napoléon fut intronisé roi de Hollande. C'était la solution logique et pacifique de la politique séculaire de la France qui, tant de fois au cours de l'histoire de l'ancienne Monarchie, avait cherché à étendre son influence sur les Provinces- Unies et avait même été appelée, dès le xvie siècle, par les Hollandais, pour lutter contre la domination autrichienne ou espagnole : politique que la Révolution avait elle-même adoptée, en faisant la conquête des Pays- Bas et en y établissant la République batave.
Pour l'Allemagne, c'est donc hors des limites de la France que Napoléon exerce son protectorat, comme jadis, par droit d'héritage féodal, les rois de France étaient rois de Navarre, ou comme l'empereur d'Autriche est roi de Hongrie et de Bohême. Napoléon, Empereur, est en même temps Roi d'Italie, Médiateur de la Confédération suisse, Protecteur de la Confédération germanique.
A Presbourg, Napoléon reprend, complète, adapte aux conditions politiques et aux idées nouvelles de l'Europe occidentale, l'œuvre des traités de Westphalie qui avaient, en principe, dégagé les princes allemands de toute dépendance vis-àvis du Saint-Empire. Malgré ces traités, ces princes, trop faibles pour se défendre eux-mêmes, et trop jaloux les uns des autres pour s'unir, n'avaient cessé d'être en butte aux tracasseries et aux empiétements de l'Autriche ou de la Prusse ; ils étaient constamment menacés d'absorption par ces grandes puissances; si bien que le jour où se leva, à l'Occident, une force