Greg. Tlk., Hist. Franc, V, Prologue
accourut en toute hâte, trouva encore Théodore captif sur le bord de la rivière, et s'adressant a ses gardes, il leur demanda la raison de cette impiété qui empêchait un frère de voir son frère. Enfin, on lui laissa voir Théodore, il l'embrassa, lui fournit quelques vêtements et se retira ; puis il se rendit dans la basilique de Saint-Maximin pour y prier. » Arrivé à Coblence, Théodore fut reçu par le roi Childebert et il n'eut pas de peine à se justifier des calomnies portées contre lui. A cette époque, la navigation de la Moselle était redevenue de toute sécurité ; on y rencontrait les marchands qui faisaient le commerce du sel et d'autres marchandises entre Metz et Trêves par la rivière, plus sûre peut-être que les routes de terre '.
Théodore rencontra à la cour de Coblence notre vénérable historien. Grégoire raconte qu'un jour le roi le retint à table jusqu'à la nuit. « Le repas fini, dit Grégoire, je me levai, et m'étant dirigé vers la Moselle, je trouvai sur la rivière une barque préparée pour moi. Au moment où j'y montais, des gens de toute condition s'y précipitèrent en foule, si bien que la barque se trouva remplie d'hommes et d'eau, et faillit chavirer. Par bonheur, j'avais sur moi des reliques du bienheureux Martin et c'est à leur vertu que j'attribue notre salut. La barque revint au rivage d'où nous étions partis; on en fit sortir les hommes, on en retira l'eau, on en écarta les étrangers et nous fîmes le trajet sans obstacle. Le lendemain, je fis mes adieux au roi et je partis. »
Grégoire se rendit, cette fois, de Coblence à Yvoy (Garignan); là, se trouvait un monastère où l'abbé Walfroy (Wufolaïc), d'origine lombarde, lui fit un accueil empressé et lui raconta les dramatiques circonstances de sa conversion et la bizarrerie de la pénitence qu'il s'était imposée. Walfroy avait eu l'idée de se choisir pour demeure le sommet d'une vieille colonne romaine, dans les environs de Trêves, comme Siméon Stylite, subissant avec une endurance inouïe les intempéries de toutes les saisons, prêchant de là-haut l'Evangile aux Barbares attirés autour de la colonne par la curiosité, les conjurant d'abandon-